Avez-vous vu la vidéo des 60 ans de Carlos Ghosn ? Vous devriez. Il y a, dans ces dix minutes de clair-obscur, un parfum capiteux de richesse, de pouvoir et d’ostentation qui va parfaitement au décor du château de Versailles. Valets en livrée, feu d’artifice, lumières et robes du soir. Pas mal.

Une belle âme a publié cela sur Internet. Sans doute est-ce pour rendre service à la Justice ; une nuée d’accusateurs publics n’attend que cela. On les voit d’ici, qui dorment la tête en bas, enroulés dans leur robe sacerdotale, « pendus à la branche morte d’un chêne noir, dans l’attente silencieuse… » comme les chauves-souris du sketch de Desproges. À ceci près que n’est pas, précisément, un tendre poulain égaré ; mais cela n’enlève rien à la laideur de la curée qui s’annonce.

Autrefois, on aimait bien le succès et la prodigalité des riches, en France. Dans son ouvrage de référence sur le sujet, La Chevalerie, Léon Gautier considérait même que la générosité et une forme de magnificence presque irresponsable étaient le pendant, en temps de paix, de la furia francese du temps de guerre. Rien à moitié. Les maîtres avaient les mains percées et le cœur accroché. Ils montraient leur argent et donnaient leur sang. Ça donnait envie aux valets de devenir des maîtres, à une époque où il n’y avait ni le journalisme ni la pour faire semblant.

Mais, depuis quelques années (230, à peu près), une haine sourde et recuite, une haine d’esclave secoue le pays. On ne veut pas faire mieux, ni même avoir plus : on veut que le voisin ait moins, dût-il y laisser la tête hier, l’honneur aujourd’hui. La grandeur révulse, la laideur rassure. Tous médiocres mais tous pareils : traduite en latin, cette devise serait celle de beaucoup de monde.

Alors oui, Carlos Ghosn, brillant capitaine d’industrie, a peut-être détourné l’argent de Renault de sa fonction première pour organiser cette soirée brillante – clinquante -, si vous voulez. La tranchera (toujours cette passion de trancher…). Mais du moins n’a-t-il pas utilisé les des Français pour organiser, entre autres faits d’armes, une lamentable fête de la musique, sur les marches du palais présidentiel, devant le drapeau tricolore.

Il s’est voulu Fouquet, peut-être, et non Sardanapale ou Caligula, comme d’autres. Ce n’est pas lui qui est le plus à blâmer. Au fond, ce n’est rien que de très français.

11 mai 2019

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