Qu’est-ce qu’il ne faut pas dire pour vendre sa camelote ! Camélia Jordana, en pleine campagne de promotion de son dernier album « très engagé », Facile/Fragile, met décidément le paquet. On pensait qu’on n’aurait pas à y revenir depuis sa saillie sur les hommes qui devraient demander pardon. Mais désolé, y a récidive, faut donc y retourner. Cette fois-ci, c’est Brigitte Bardot et Catherine Deneuve qui ont eu droit aux considérations féministes de la chanteuse. Car aujourd’hui, en France, qui peut le mieux parler de féminisme que Camélia Jordana ?

Dans une interview à Paris Match, elle estime que Bardot et Deneuve (on dit comme ça pour celles qui entrent dans la gloire : un truc que connaîtra peut-être un jour Mademoiselle Jordana si les petits cochons ne la mangent pas) « n’étaient pas le symbole du féminisme ». Faisons un petit arrêt sur image en nous posant cette question : est-ce grave, docteur Jordana ? On reprend le tournage. « Elles incarnaient LA femme parce qu’elles étaient des muses, l’antiféminisme par excellence. » On imagine, mais on peut se tromper, que ambitionne d’incarner quelque chose. D’incarner, évidemment, le féminisme. En 2019, à l’occasion de la sortie du film Curiosa, dans lequel elle incarnait Zohra Ben Brahim, la muse algérienne du poète Pierre Louÿs, en nous dévoilant notamment ses fesses (et plus pour les petits curieux), Camélia Jordana, répondit aux questions du journal féminin Grazia. Elle raconta qu’elle avait grandi avec une éducation féministe, « sans que le mot ne soit jamais prononcé ». Là, on peut dire qu’aujourd’hui, elle se rattrape largement. « En fait, j’ai découvert que j’étais féministe en réalisant que de nombreuses personnes ne l’étaient pas. » Nouvel arrêt sur image et nouvelles questions. Est-ce une obligation morale d’être féministe ? Est-ce mal de ne pas l’être ? Et d’ailleurs, qu’est ce que cela veut bien dire, aujourd’hui, « être féministe » ? On ne sait plus trop. Notamment en lisant les pensées de Camélia Jordana. A contrario, on imagine qu’on pourrait découvrir, un beau matin, qu’on n’est pas du tout féministe en réalisant que de nombreuses – et certaines – personnes le sont. Par pur esprit de contradiction, seulement.

Mais revenons à Bardot et Deneuve. « Elles ont aussi vécu avec l’idée que se prendre une main au cul était quelque chose de normal, voire de “sympathique”. » Comme en écho aux propos de Brigitte Bardot (dans Paris Match aussi), en 2018, au moment jaculatoire du mouvement MeeToo : « Moi, je n’ai jamais été victime d’un harcèlement sexuel. Et je trouvais charmant qu’on me dise que j’étais belle ou que j’avais un joli petit cul. Ce genre de compliment est agréable. » Mais pour Camélia Jordana, « tout est là… Il y a encore des mecs qui pensent que, parce qu’ils sexualisent une femme, elle doit se sentir flattée. Le regard de l’homme est censé être la seule chose après laquelle elle court… » Là, la cultissime scène du Mépris, qui revisitait à sa façon la chanson « Alouette, gentille alouette, je te plumerai », en prend un méchant coup.

Cela dit, dans Curiosa, l’Arabe Zohra Ben Brahim dansait nue devant des hommes blancs, qui plus est habillés. Mais, expliquait Camélia Jordana, encore et toujours dans Grazia, c’était « par désir » et « son choix ». Et elle ajoutait : « On peut choisir de voir à l’écran une femme soumise. Mais c’est elle qui prend le pouvoir, grâce à sa sexualité. » Finalement, rien de neuf depuis qu’Adam et Ève ont quitté le paradis terrestre, mais quand même un peu macho au féminin. Les ligues de des mâles (blancs ou pas blancs, d’ailleurs) pourraient, du reste, s’en émouvoir.

« Et mes chevilles, tu les aimes ? » Oui. Même si elles me semblent un peu enflées, en ce moment.

23 janvier 2021

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