Plenel

Ça suffit ! Je dis stop ! Halte à la stigmatisation d’Edwy Plenel, patron de Mediapart, auteur du livre Pour les musulmans, accusé de nos jours, et parmi tant d’autres, d’islamo-gauchisme, comme jadis on accusait ses contradicteurs de lepénisme. À chaque époque sa sentence. Après les heures les plus sombres, nous voilà au seuil de cieux bien plus voilés. Avant les orages et les déluges. Mais franchement, entre nous, Plenel, Joffrin et Cie ont au moins l’audace de la consistance, celle d’avoir toujours été droits dans leurs bottes – ou leurs babouches, c’est selon.

Edward Bernays, journaliste et publicitaire austro-américain, considéré comme le père de la propagande politique et d’entreprise, écrit, dans son essai rédigé en 1928, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie : « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui est le véritable pouvoir qui dirige notre pays. […] Nos esprits sont moulés, nos goûts formés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler. »

L’exemple de Plenel et Cie n’est, somme toute, que l’épiphénomène d’une lame de fond islamophile, souvent de gauche, et, bien plus souvent qu’on le croit, également de droite, dite conventionnelle, victime consentante d’un suivisme islamo-complaisant résolu. À l’instar du soft power, la propagande tous bords confondus, officielle et officieuse, de gauche comme de droite en passant par le centre, est bel et bien responsable d’avoir amadoué l’inconscient collectif, d’avoir normalisé durant des décennies la présence de l’idéologie islamique dans le paysage social, culturel, culinaire, sportif, etc.

Deux formes de propagande étaient à l’œuvre : la propagande active, celle qui en parle, et la propagande passive, quand elle n’en parlait pas. Les exemples concrets sont foison pour la première. Du ressassement à longueur du calendrier de l’Hégire des différentes festivités en rapport avec la religion d’amour et de paix, l’aïd, le ramadan, son début, sa fin et, entre les deux, ce qu’on y ingurgite, ses recettes, à la musique, au cinéma subventionné, à la promotion des livres islamiques dans les grandes surfaces, les manuels scolaires, la télévision, le voile, le halal dans les publicités et les rayons, au vocabulaire, au discours politique, aux kebabs façon Sibeth, à l’humour, pour mieux avaler la pilule, et à l’imposture du vivre ensemble… Tout cela, en parallèle d’une propagande passive qui occultait la promotion de notre propre culture, sous ses multiples aspects, quand celle-ci n’était pas carrément dénigrée.

Mais aujourd’hui, l’évidence est là. Les musulmans qui ne partagent pas nos valeurs et nous le font savoir sont maintenant nombreux. Après de longues décennies d’un discours banalisant, dans l’inconscient collectif, un processus d’, l’industrie du consentement passif est largement débordée, à la fois par sa gauche et par sa droite, par la créature qu’elle a sciemment contribué à engendrer. La parabole de la grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite traduit bien ce phénomène d’habituation au sein de la population. Et maintenant que la grenouille commence enfin à peine à réaliser ce qui lui arrive, qu’un point de non-retour est en passe d’être atteint, maintenant, la grenouille, elle fait quoi ?

25 octobre 2020

À lire aussi

Jeunesse fragile : pas de « content warning » à Verdun ou au Mali

À l'issue de la Grande Guerre, la génération des 20 ans ne comptait plus que 48 % de survi…