Bruxelles : ce ministre qui assume ses responsabilités en démissionnant

Vincent Van Quickenborne

Rarement un ministre belge n’avait autant fait parler de lui en France. Depuis l’annonce de sa démission à la suite de l’attentat de Bruxelles qui a fait deux morts - deux Suédois -, ce 16 octobre, Vincent Van Quickenborne, ancien ministre de la Justice du gouvernement fédéral belge, ne cesse d’être cité en exemple par les politiques français. Sur le plateau de BFM TV ce dimanche 22 octobre, Marion Maréchal (Reconquête) se saisit d’une question sur les possibles responsabilités de l’exécutif français pour rappeler qu’en « Belgique, le ministre de la Justice a pris ses responsabilités et a considéré qu’il y avait une défaillance ». Sous-entendu, Darmanin, lui, ne démissionne pas. Une histoire emblématique de l'impéritie de l'Europe de l'Ouest face à l'immigration.

Un dossier d'extradition oublié

« Je tiens sincèrement à m’excuser au nom de la Justice auprès des victimes et de leurs proches. Je tiens aussi à m’excuser au nom de la Justice au peuple suédois et à nos concitoyens belges. » Ce vendredi 20 octobre, Vincent Van Quickenborne, alors ministre de la Justice et de la mer du Nord, annonce à la presse sa décision de présenter sa démission. En cause, une série d’erreurs et de failles ayant conduit à l’attentat du 16 octobre. En effet, au lendemain de l’attaque contre les deux supporters suédois, le ministre accuse, en creux, la Tunisie d’être responsable de la situation. Selon lui, Abdesalem Lassoued, le terroriste abattu par la police, se trouvait illégalement sur le sol belge seulement parce que son pays d’origine refusait de le reprendre. « Nos services de sécurité se heurtent à la réticence de certains pays d’Afrique du Nord à reprendre leurs clandestins. » Mais trois jours plus tard, « Van Quick », comme il est surnommé outre-Quiévrain, rétropédale.

Contrairement à ce qu’il avait affirmé, il s’avère que la Tunisie a bel et bien demandé l’extradition du terroriste en août 2022 mais que cette demande... n’a jamais été traitée par le parquet de Bruxelles. Faute de personnel suffisant, le dossier d’extradition a rapidement été oublié « dans une armoire ». « Aucun des collègues concernés ne se souvient de ce qu'il en est advenu, se justifie le chef du parquet de Bruxelles. Il n'y a aucune trace d'un traitement ultérieur. Il est possible que le magistrat ait demandé que le dossier soit examiné plus tard, en raison d'un trop grand nombre d'affaires urgentes. » Pour Vincent Van Quickenborne, « il s’agit d’une erreur inexcusable qui a eu des conséquences dramatiques. Je veux en assumer l’entière responsabilité politique. » Une parole rare en France.

L’annonce de sa démission a été saluée par la classe politique belge. Alexander De Croo, Premier ministre, salue le « courage politique » de son ancien ministre. Sammy Mahdi, chef de file des chrétiens-démocrates, dénonce « une erreur inacceptable de la part d’un magistrat du parquet de Bruxelles. Respect pour la décision de Vincent Van Quickerborne de démissionner, même si un ministre n’est pas personnellement fautif », ajoute-t-il. De son côté, Barbara Pas, leader du parti nationaliste belge, exécute : « [Van Quick] prend à juste titre ses responsabilités politiques après des erreurs impardonnables. » Sa démission acceptée par le roi des Belges, Vincent Van Quickerborne retrouve son mandat de bourgmestre de Coutrai.

Un précédent

Cette démission vient clore une longue séquence politique où l’ancien ministre a été mis en difficultés. En août dernier, après avoir fêté lors d’une soirée arrosée ses 50 ans, l’homme politique se retrouve au cœur d’un scandale national, sobrement baptisé le « Pipigate ». Sur les caméras de vidéosurveillance, trois de ses invités sont vus en train d’uriner sur un véhicule de police, présent aux abords de son domicile. L’ancien ministre assure alors n’avoir rien vu. Mais sa version est mise à mal par la presse. Acculé, il est alors contraint de présenter ses excuses devant les députés. « Je voudrais m'excuser auprès de tous les agents de police du pays. Je comprends tout à fait que cela les ait indignés », déclare-t-il. Des excuses qui ne calment pas la colère des syndicats de police, qui réclament alors sa démission.

Un an plus tôt, ces mêmes syndicats de police avaient déjà demandé la démission du ministre. À l’époque, un jeune policier de 29 ans est assassiné par un islamiste. Cette fois-ci, les policiers reprochent à Vincent Van Quickenborne de ne pas avoir réussi à prévenir cette attaque alors que l’assaillant, ancien détenu radicalisé en prison, avait évoqué sa « haine » des forces de l’ordre et s’était rendu dans un commissariat pour demander un suivi psychologique.

Vincent Van Quickenborne, entré tôt en politique - il est élu sénateur à l’âge de 26 ans -, a évolué au sein de l’Open VLD, parti politique d’inspiration libérale qui siège aux côtés de Renaissance au Parlement européen. Son combat contre les mafias de la drogue lui vaut d’être, un temps, caché dans un lieu secret avec sa famille et de vivre aujourd’hui sous protection policière. Plus anecdotique, en 2002, il propose de supprimer les titres de noblesse, qu'il juge antidémocratiques.

Reste ce geste qui a une certaine allure. Malgré un parcours politique difficile, la démission de Vincent Van Quickenborne crée un précédent. Son attitude servira-t-elle de leçon à l’exécutif français ?

Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

26 commentaires

  1. On peut toujours rêver que nos incompétents de ministres démissionnent alors mesdames et messieurs un peu de courage et n’attendaient pas que le peuple vous vire à coups de bottes.

  2. C’est ce qui caractérise la macronie, la corruption, et ce « sentiment » d’impunité comme dirait…
    Mais cette situation est entièrement de notre faute.
    En effet qu’est-ce qui les oblige à démissionner ? Rien !
    Ils auraient tort de ne pas profiter de cette apathie générale.
    Ils ne craignent ni les pétitions, ni les oppositions, de moins en moins virulentes, allez savoir pourquoi ?
    Peut-être une pétition pour rappeler les oppositions à leurs devoirs de contre pouvoir ?
    Cet état de fait contribue largement à l’écoeurement général et le rejet de la classe politique dans son ensemble…

  3. « Son attitude servira-t-elle de leçon à l’exécutif Français ? » quand même, faut pas rêver… Chez nous ils peuvent être responsables mais non coupables ! Autre mentalité n’est-ce pas !

  4. L’amusant, c’est qu’on n’aurait jamais entendu parler de lui sans cela! La célébrité dans la démission, quoi!

  5. Le fait de démissionner quand on n’a pas fait ce qu’il aurait fallu, est un peu facile, comme en France, il sera « recasé » dans un fauteuil ministériel en or. Non, ces gens qui ont failli, doivent être jugés et sanctionnés, ça enlèverait, pas mal d’incapables et d’aigrefins de la POLITIQUE! On peut rêver non?

    • « . Non, ces gens qui ont failli, doivent être jugés et sanctionnés, ça enlèverait, pas mal d’incapables et d’aigrefins de la POLITIQUE! » Vous voulez dépeupler nos travées politiques?

  6. Dans les temps ancien on lavait son honneur en se battant en duel , et puis plus tard , on démissionnait et aujourd’hui en France, on change de poste.

    • La théorie de l’évolution a parfois des conséquences imprévues, avec le wokisme, le covid et les vaccins on n’est pas au bout des surprises.

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