En visite au musée Maillol à Paris, qui accueille en ce moment une exposition consacrée à Astérix, s’est ouverte, auprès des journalistes du Parisien, de sa proximité – fantasmée – avec Bonemine. « Avec Bonemine, a déclaré la première dame, on se comprend ». Ça pourrait nous faire une belle jambe, mais en réalité, ce n’est pas anodin.

Astérix, c’est la série de BD des années 1960 par excellence. C’est une des nombreuses créations de Goscinny (avec Lucky Luke, Oumpah Pah, le Petit Nicolas, etc.), dont on connaît tous les personnages et la plupart des aventures (jusqu’aux navets d’Uderzo tout seul). Les derniers albums sont bons, et tout à fait dans la veine des premiers. Un peu moins érudits, peut-être, mais qui s’en est plaint jusqu’à maintenant ? Les Gaulois ronchons et ripailleurs, l’Histoire de France réécrite, les clins d’œil à la modernité, etc. On connaît tout ça.

Mais Bonemine, et le couple qu’elle forme avec Abraracourcix, c’est autre chose. C’est peut-être intemporel, les emmerdeuses, ça remonte peut-être à Aristophane, mais je ne crois pas que l’intention de René Goscinny était bienveillante, tant le personnage de Bonemine écorne l’idée de la femme française. Chef qui ne mérite pas son nom, drapé dans sa cape trop petite et ses porte-boucliers de sous-préfecture, Abraracourcix est un tocard. Bonemine le méprise, le rabroue, l’humilie devant ses guerriers. Quand il lui annonce qu’il part à la guerre, elle lui demande de ne pas oublier le pain.

dirait peut-être que ces deux personnages signent la défaite du modèle du pater familias, commencée en 1793 (« En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille », disait Balzac), entérinée avec Mai 68 sous le slogan « Papa pue ». Et s’il le disait, je serais bien d’accord. Les femmes des années 60 deviennent des Bonemine parce que les hommes sont devenus des Abraracourcix, grands enfants prétentieux mais indignes de leurs privilèges.

a connu ces années-là, ce sont celles de son enfance. Emmanuel Macron, si finement moqué par Laurent Gerra (« Mais, euh, Brizitte… »), est-il un nouvel Abraracourcix ? Ce n’est pas impossible. Je me souviens de ce reportage (forcément hagiographique) sur la campagne de en 2017. Il venait de terminer un meeting et débriefait dans sa loge avec son entourage proche. Il demanda alors à Brigitte : « Alors, j’étais comment ? » Et elle, cassante : « Emmanuel, on en a déjà parlé, tu sais bien ; on verra ça tout à l’heure. » Sacrée Bonemine, qui garde encore assez de bon sens pour ménager – provisoirement – l’orgueil de son mari.

Quel sera le titre du prochain album ? Le Point, commentant cette nouvelle, suggère Le Combat des chefs. Un peu facile, peut-être. La Zizanie serait plus probable.

4 juin 2021

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