Editoriaux - Polémiques - 7 septembre 2018

Blanquer avait raison : bonnet d’âne à Renaud Dély !

Desproges serait heureux de cette facétie franco-belge. La polémique est dégonflée. Sur le site “L’avenir.net”, madame Marie-Martine Schyns, porte-parole du gouvernement francophone, affirmait, le 4 septembre, que, pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, la réforme de l’accord du participe passé après l’auxiliaire avoir n’était pas à l’ordre du jour. Ceux qui trouvaient cette règle « obsolète » devaient en être pour leurs frais : c’était sans compter sur la malice de Renaud Dély, qui fit passer un oral, le 6 septembre, à notre ministre de l’Éducation nationale, à Marianne et à France Info.

Dély testa donc le ministre sur les accords du participe passé. Réponse OK pour “les bananes que j’ai mangées”. Mais pour “les 10 euros que m’a coûté ce livre”, Blanquer se serait trompé sur un point. Eh non, Monsieur Dély ! Il a raison, notre ministre : “les 10 euros” ne sont pas un complément d’objet direct. Le paragraphe 865 du Français correct de Grevisse (éminent grammairien belge) dit qu’il ne faut pas prendre pour COD ce qui est complément de prix, de valeur et de poids, et est donc sans influence sur l’accord”. Quant à “des crêpes, j’en ai mangé”, monsieur Blanquer ne s’est pas trompé non plus. On peut dire également : “mangées”. Au paragraphe 877, le même Grevisse énonce, en effet, la règle d’invariabilité après le pronom « en » mais dit bien le caractère indécis de l’usage. Ainsi, Hugo écrit : “J’en ai tant vu, des rois”, et Proust : “Les fleurs, il n’en avait jamais vues”. Donc, notre ministre fit un sans-faute.

Merci, plutôt, à Marot ! Humaniste et poète, il inaugure la Renaissance. Ami de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier (éminente femme de lettres et femme engagée), il va en Italie et en ramène (laissons la vérole à Voltaire, jamais en peine de raccourci) cette règle si limpide et rigoureuse de l’accord du participe. Certains prétendent que cette règle n’a rien à voir avec le génie français. Et le sonnet, d’origine provençale, qu’on ramènera d’Italie plus tard, non plus ? Étonnant, plutôt, que cette anomalie grammaticale dure depuis si longtemps !

Alors, pourquoi cette allergie à nos gènes classiques ? Villers-Cotterêts, la Pléiade, l’Académie ne signifient pas embrigadement. Le « français moderne » grandit à partir du français classique (ce qui ne veut pas dire que les langues régionales sont abolies et qu’on ne « doit » plus parler ni garder son accent du Midi ni son style… ni ses fautes !). Mais enfin, la langue de Molière, homme de la cour, est « académique ». Et Molière moque le parler de Martine et des paysans tout autant que celle des cuistres du langage.

Pourquoi la phrase “Les cerises que j’ai mangées sont rouges” satisfait-elle l’entendement et l’oreille ? Parce que l’accord du participe relie le pronom relatif, son antécédent et le verbe. Un internaute écrit : “Cet accord affirme la souveraineté du sujet dont le COD a tiré sa légitimité.” Qu’en termes galants cette chose-là est dite !

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