Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - Santé - Sport - 21 novembre 2017

Trop bio pour être vrai

Malmené et méconnu, le monde agricole est l’objet de clichés qui ont la vie dure. D’aucuns évoquent ainsi la possibilité d’une solution miracle qui verrait la production mondiale 100 % en agriculture biologique. Il ne suffit pas de cultiver trois salades sur son balcon pour en parler.

Le monde agricole connaît depuis longtemps les limites du système qu’on lui a imposé. Maintenu artificiellement en vie au moyen des primes et contraint de produire toujours plus pour subvenir à ses charges, l’agriculteur du XXIe siècle s’efforce malgré tout de faire évoluer ses méthodes. Semer sans labourer, n’utiliser que le strict nécessaire de produits phytosanitaires, rationaliser ses apports d’engrais : il pratique désormais une agriculture traditionnelle des plus responsables. Il sait qu’il faut tendre vers des pratiques plus “vertes”, plus “durables”. Il est mieux placé que personne pour en connaître l’urgence, mais la lenteur des cycles naturels et l’apprentissage de nouvelles façons agronomiques demandent du temps. Chaque exploitation a son organisation, ses infrastructures, ses sols, ses productions, ses matériels. Tout cela s’est forgé génération après génération, saison après saison, a demandé de nombreuses heures d’observation et de labeur. Convaincu de la nécessité de ces changements, il doit toujours s’assurer de la viabilité économique et de la cohérence de ces mutations.

Or, lorsqu’on évoque ce passage à une production qui serait 100 % biologique, de nombreuses questions se posent :
– Comment sera compensée la perte de 30 % des rendements ?
– Produire 100 % bio et transporter dans des conditions de pollution maximum, cela a-t-il un sens ?
Quid des caprices du consommateur qui souhaitera acquérir des tomates en décembre et des fraises en février ?
– Quelle assurance de compétitivité face aux produits d’autres continents de législations différentes ?
– Comment, dans ces conditions, nourrir neuf milliards d’habitants en 2050 ?

Autant d’interrogations qui manifestent bien la limite de l’exercice. Souhaiter des produits 100 % bio, pourquoi pas, mais alors comment pratiquer dans tous les domaines une écologie intégrale ?

Nos contemporains sont-ils disposés à n’acheter que des produits locaux, des produits de saison ? Sont-ils prêts à renoncer à certains articles polluants dans les domaines du confort, de l’habillement ou de la communication ? Rien n’est moins sûr.

La vraie vie nous contraint à un discernement prudent dans le domaine du respect de la nature. La solution n’est ni dans l’incantation excessive, ni dans l’absolutisme idéologique. La protection de l’environnement et les politiques de santé publique sont des affaires urgentes qui ne feront pas l’économie d’une recherche de cohérence vraie si elles ne veulent pas rester lettre morte.

D’ores et déjà, il est à la portée de chacun d’organiser son existence dans la bonne direction en apprenant à respecter la création, ses cycles et ses limites, dans tous les domaines. Dans ces conditions, 100 % bio, pourquoi pas ?

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