Editoriaux - International - Tribune - 21 février 2019

Bernard-Henri Lévy refuse aux Catalans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

Bernard-Henri Lévy s’égare-t-il aujourd’hui dans ses propres diatribes intellectuelles ? Auteur de la récente tribune publiée, le 26 janvier, dans Libération, tel un conteur des “Mille et Une Nuits” du désert de Libye, le philosophe sonne résolument l’alarme contre “les incendiaires des âmes qui, de Paris à Rome en passant par Dresde, Barcelone, Budapest, Vienne ou Varsovie, jouent avec le feu de nos libertés”.

Cependant, une telle déclaration paraît inconcevable de la part d’un intellectuel qui se refuse à analyser les expressions figuratives de notre société contemporaine, à saisir les différentes inquiétudes sociales et, enfin, à débattre sur les aspirations légitimes des peuples.

Enfermé dans ses propres errements politiques et son amitié envers Manuel Valls mais loin, très loin de l’aura d’un André Malraux, Bernard-Henri Lévy a perdu de son éclat. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. De plus, comparer Quim Torra, élu démocratiquement président du gouvernement autonome de la Catalogne, à Mussolini, dictateur fasciste de l’Italie et allié de l’Allemagne nazie, cela est en soi excessif et prouve un parti pris indigne d’un prétendant à la sagesse, d’un défenseur de la dignité humaine.

En réalité, Bernard-Henri Lévy ne s’intéresse nullement à la crise morale et au déficit démocratique qui secouent la péninsule ibérique. Il n’en a cure puisqu’il ferme benoîtement ses yeux sur l’emprisonnement arbitraire et l’exil que subissent inconsidérément de nombreux parlementaires et responsables politiques catalans. Où est donc passé l’intellectuel prompt à s’émouvoir contre tous les débordements antidémocratiques ? Où se cache le généreux et prophétique auteur d’un « J’accuse » contemporain ?

Le simple fait que Bernard-Henri Lévy puisse affirmer que l’indépendance des Kurdes de l’Irak et l’indépendance de la Catalogne, ce n’est pas la même chose, dénote qu’il se consume indéniablement dans ses propres contradictions. Un tel mépris à l’égard du peuple catalan n’est pas convenable de la part d’un philosophe émérite. On peut très bien aimer l’histoire et la culture de l’Espagne sans pour autant manifester la moindre détestation envers la Catalogne et son peuple. On peut tout aussi bien aimer la démocratie et rejeter les procès politiques ainsi que la répression d’un autre temps. Non, le franquisme n’est pas mort, il soulève certains relents nauséabonds mais, malheureusement, ils ne parviennent pas jusqu’à la demeure du philosophe parisien.

Il faut se rendre à l’évidence : le divorce entre l’Espagne et la Catalogne s’agrandit depuis 2010, date à laquelle quatorze articles du nouveau statut d’autonomie furent annulés par les hautes autorités madrilènes. Depuis cette abrogation unilatérale qui s’avéra inopportune et vexatoire à l’encontre de la représentation législative de la Catalogne, le droit à l’autodétermination se fondant sur une consultation référendaire bilatérale est de plus en plus vivace auprès de la société civile catalane.

Au Royaume-Uni, en 2014, la reine Élisabeth II non seulement avait permis un libre référendum mais elle avait clairement annoncé qu’elle s’inclinerait devant la volonté des Écossais lors du vote sur l’indépendance de l’Écosse. Le 4 novembre 2018, quelque 160.000 Calédoniens furent appelés à se prononcer sur l’indépendance de cet archipel de l’océan Pacifique, français depuis 1853. Le droit à l’autodétermination n’est-il pas la meilleure et unique solution pour une démocratie moderne qui prend ses racines avec la philosophie des Lumières ?

De manière symbolique et hautement significative, les habitants de la Catalogne attendent en vain la même initiative de la part de la couronne espagnole. Mais l’Espagne non seulement refuse ce droit élémentaire des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit pourtant inscrit en toutes lettres dans la Charte de l’ONU, mais encore elle persécute, emprisonne les indépendantistes catalans. Où est la voix du philosophe ?

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