[AUTOMOBILE] Rentable mais inefficace, la politique du « tout radar » atteint ses limites

Alors que près de 4.800 radars remplissent aujourd’hui les caisses de l’État, la mortalité routière augmente.
Capture d'écran 40 millions d'automobistes
Capture d'écran 40 millions d'automobistes

Pour 72,4 % des Français, les radars routiers seraient aujourd'hui des « pompes à fric », selon une étude réalisée en 2018 par des organismes spécialisés pour le compte de la Sécurité routière. Propos que certains s'empressent évidemment de qualifier de populistes, d'irresponsables, voire de criminels.

Les Français dénoncent des « pompes à fric »

C'est aller un peu vite en besogne. En 2006, 68 % des automobilistes se disaient favorables à l'installation de radars de vitesse. Il ne s'agit donc pas d'une simple posture mais d'un bilan. Et de constats, puisque en 2018, plus de la moitié des personnes interrogées estiment que les radars sont placés dans des lieux non dangereux. Les Français sont par ailleurs 63 % à considérer que les sanctions pour les dépassements de vitesse inférieurs à 20 km/h (majorité des PV dressés pour non-respect de la limitation de vitesse) sont trop sévères. Les pouvoirs publics leur ont d'ailleurs donné récemment raison. Depuis le 1er janvier 2024, les conducteurs ne perdent en effet plus de point de permis pour des excès de vitesse de moins de 5 km/h. L'amende forfaitaire de 135 euros a cependant été maintenue, ce qui en dit long, nous le verrons, sur l'évolution de la politique dite de « prévention routière ».

Les radars fleurissent, mais pour quels résultats ?

L'opinion des Français sur les radars routiers porte sur les conséquences d'une politique de sécurité routière qui a profondément changé, se focalisant sur le seul facteur accidentogène de la vitesse et privilégiant, de ce fait, une répression par le « tout radar ». Un système d'une incontestable rentabilité, puisqu'il rapporte annuellement à l'État 1,1 milliard d'euros (800 millions d’euros d’amendes forfaitaires, auxquels s’ajoutent environ 300 millions d’euros de majorations pour retard de paiement). Mais l'objectif justifiant l'impressionnante inflation de radars (près de 4.800, fin 2024) est officiellement de faire baisser l'accidentologie routière en général, et la mortalité en particulier. Et c'est bien là que le bât blesse, justifiant d'une certaine façon la défiance des Français. Le mantra répété du « ça sauve des vies » (dont a notamment abusé Édouard Philippe pour imposer le 80 km/h, sans aucun progrès probant) n'a en réalité plus aucune traduction concrète depuis déjà longtemps.

Le non-dit sur le rôle de la vitesse

Interrogé par BV, Pierre Chasseray, secrétaire général de l'association 40 millions d'automobilistes, rappelle que « les premiers radars fixes sont apparus en 2003. Depuis, on leur a attribué tout le mérite de la baisse de mortalité routière, alors que bien d’autres facteurs y ont contribué. » Le bilan chiffré 2024 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) indique en effet que la vitesse entre pour un petit tiers dans les facteurs d’accidents mortels. Un raccourci trompeur, estime Pierre Chasseray, puisque « on additionne en fait sans les distinguer les cas de vitesse excessive (vitesse supérieure à la limite autorisée) et de vitesse inadaptée » (par exemple un virage pris imprudemment à 80 km/h, même si la limite autorisée est de 90 km/h). « Quand on dit que la vitesse entre en ligne de compte pour près de 30 % des accidents mortels, on oublie juste de dire que dans la moitié des cas, il s’agit d’une vitesse inadaptée, cas dans lequel le radar n’intervient pas. » Et que, par conséquent, « le radar passe à travers 85 % des causes d'accident. Or, c'est le seul outil de prévention dans lequel l’État français investit en sécurité routière. »

Faudrait-il revenir sur le « tout radar » ?

Par ailleurs, depuis 2003, plusieurs innovations sont apparues sur les radars (vitesse fixe, feu rouge, passage à niveau, vitesse moyenne…), toutes supposées favoriser une baisse de la mortalité. Or, on constate que la mortalité s’est au contraire stabilisée depuis 2013 (apparition des premiers radars embarqués) et augmente même depuis 2021.

La performance de ces nouveaux radars n’aurait donc désormais pour seule utilité que de combler une partie du déficit des comptes publics. Devant le peu de lucidité des uns et la mauvaise foi des autres, 40 millions d’automobilistes a décidé de faire le point sur la question dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube. La question se pose, en effet, de savoir si l’État ne fait pas fausse route et si la rentabilité du système ne l’incite finalement pas à ne guère remettre ses choix en cause. Là encore, revenons aux chiffres officiels 2024 de l’ONISR. La vitesse y est retenue dans 29 % des cas d’accidents mortels. Viennent ensuite l’alcool (22 %) et les stupéfiants (13 %). Ajoutons ces deux chiffres et l’on obtient 35 %, soit 6 % de plus que l’incidence de la vitesse.

Alcool et drogues, ces grands oubliés

Or, si les automobilistes croisent tous les jours au moins un radar sur leurs trajets, les contrôles pour alcoolémie sont autrement plus rares. Selon une enquête réalisée par l'Automobile Club Association (ACA) et L'Argus, les automobilistes français sont contrôlés en moyenne tous les 62.800 km, soit tous les 5 ans, considérant que le kilométrage annuel moyen s’établit à un peu plus de 12.000 km.

Concernant les drogues, le problème est plus compliqué encore. Il y a celles qui sont interdites : certaines peuvent laisser dans le corps des traces décelables par un test pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, alors que leurs effets ont disparu totalement bien avant. Il y a certains médicaments, parfaitement licites, mais qui peuvent pourtant altérer les facultés de conduite. Et puis il y a le protoxyde d’azote, qui fait de nombreuses victimes depuis quelques années. Drogue souvent classée comme « récréative », alors que ses effets (le rire) sont en fait dus, précise Pierre Chasseray, « au manque d’oxygène dans le cerveau ». Par ailleurs, ajoute-t-il, « l’usager n’en ressent rapidement plus les effets alors que le produit reste actif pendant huit heures après la prise ». Il a fallu attendre juillet 2025 pour que le protoxyde d’azote fasse enfin l’objet d’une loi.

Pour 40 millions d’automobilistes, il est donc urgent d’en finir avec le « tout radar » et de réorienter les investissements vers une politique de prévention. « Nous avons proposé que l’on sensibilise les candidats au permis de conduire lors du passage de la conduite, en leur donnant un éthylotest », nous explique Pierre Chasseray, « mais cela posait un problème, car cela faisait perdre une minute sur le temps de l’examen. Une minute pour une vie ! » Or, « nous savons aujourd’hui que lors des soirées où ils s’alcoolisent, les jeunes ne s’inquiètent et ne renoncent à prendre le volant que lorsqu’ils sont confrontés à un résultat de test ».

Manque de courage politique

Concernant les drogues, les études montrent « qu’un conducteur de moins de 25 ans sur deux » est susceptible d’être positif aux stupéfiants lorsqu’il conduit, rappelle Pierre Chasseray. D’où l’idée de généraliser les campagnes sur la question avec des tests à grande échelle. « Mais quand j’en ai soumis l’idée au Conseil national de la Sécurité routière (CNSR), je me suis vu répondre que cela risquerait de retirer le permis à un jeune sur deux », rapporte Pierre Chasseray, qui conclut donc qu’aujourd’hui, « on considère qu’il vaut mieux laisser faire plutôt que de retirer un permis, tout en continuant à répéter que les radars nous sauvent la vie. On marche vraiment sur la tête. » Les automobilistes golfeurs diraient qu’avec un tel manque de courage politique, « on n’est pas sorti du sable ».

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Les radars, là où ils se trouvent, ont probablement fait baisser la vitesse. Quant à leur efficacité, c’est un peu l’histoire du verre à moitié vide ou plein. Mais avez-vous remarqué le nombre de véhicules mal éclairés, sans clignotant ou avec des pneus lisses, ainsi que le nombre croissant de conduites à risque ? Une voiture, voire deux parfois, quoi qu’en pensent nos écolos bobos, est indispensable, surtout à la campagne, et l’état ou la vétusté de certains véhicules reflètent le plus souvent les difficultés croissantes que rencontrent certains à pouvoir les entretenir. Mais surtout, me semble-t-il, ces négligences pourraient etre une des conséquences d’un manque de forces de l’ordre au bord des routes depuis l’apparition des radars automatiques. En résumé, probablement moins vite, mais assurément moins sûr !

  2. Article d’une rare mauvaise foi…
    Et les accidents non mortels, on en parle ? Et parmi eux, ceux qui laissent handicapés à vie, plus ou moins lourdement, on en parle ?
    Les consommateurs devdrogues et d’alcool n’en n’ont rien à faire des autres, ni d’eux-mêmes d’ailleurs.
    Malgré une répression certaine, on a des millions de conducteurs sans permis, sans assurance.
    Et on croirait lire un texte de LFI quand on parle de prévention au lieu de répression, pour ces criminels à grande échelle…On croit rêver.
    Tout le monde a oublié le pic de morts en 1972 ? 18 034 !!!
    Les radars ne peuvent rien contre les drogués et autres alcoolisés, tous ces rageux…Pierre Palmade, ça vous évoque quoi ???
    Si tout le monde était responsable, la pompe à fric serait vite asséchée….

  3. Le laxisme de la Justice et la chute de la responsabilisation morale ont des répercussions insoupçonnées, non développées par nos intellectuels. Répercussions non seulement sur le niveau de la délinquance mais aussi sur le comportement du plus humble des français. Pour se résumer : pourquoi se brider ?

    Ce laxisme diffuse dans les esprits comme le ferait un gaz sournois. Ce qui implique des comportements automatiquement, instinctivement induits. La peur du gendarme, la peur de la sanction sont refoulées, banalisées, ignorées au profit de la satisfaction de l’instant, de la libéralisation de l’instinct. L’esprit en liberté inconditionnelle.

    La mal vient du plus haut de l’Etat. Des galipettes sur un gazon, des danses sur le perron de l’Elysée ne sont pas de nature à redresser, dresser les colonnes vertébrales.

  4. Il est faux de dire que la vitesse est la cause principale des accidents, c’est plutôt un amplificateur d’autres infractions telles que rouler sous l’empire de l’alcool, de stupéfiants ou encore protoxyde d’azote. Or ça les radars ne le détectent pas, il faut des contrôles physiques. La toile d’araignée des radars, justifiée dans certains endroits par le danger que peut causer la vitesse, est bien dans les faits une pompe à fric.

  5. Mais que la politique du tout radar ne soit pas rentable, « ils » s’en foutent bien pas mal, du moment que ça rapporte gros.

  6. Pour répondre à Schmitt, il y a moins de morts en Allemagne (2800 contre 3400 en France) alors que la vitesse est libre sur autoroute et qu’il y a plus d’habitants et d’automobiles, pourquoi? Cela a été expliqué par un journaliste spécialisé: les autoroutes sont GRATUITES et donc beaucoup plus utilisées qu’en France et tout le monde sait que les autoroutes sont moins accidentogènes que les routes CQFD.

    • Mais comme je l’ai précisé les Allemands sont disciplinés et pas seulement dû à la gratuité de leurs autoroutes.

    • Objection ! Lu sur le routard :

      Elles sont bien gratuites. L’explication est simple, il n’y a pas d’alternative à l’autoroute comme chez nous avec les RN et les RD. Et puis elles existent depuis si longtemps qu’elles sont amorties.
      Par contre certaines ne sont pas en super état, surtout côté de l’ex DDR, et dans les aires d’autoroute les toilettes sont payantes (mais le ticket peut donner droit à un café “gratuit”).

    • Les péages en Allemagne sont principalement destinés aux véhicules commerciaux, tels que les poids lourds et les autocars. Ces véhicules doivent payer des péages pour l’utilisation des autoroutes. Le système de péage repose sur un dispositif de vignette électronique, communément appelé « Digitaltachograph, » qui est généralement installé sur les véhicules commerciaux. Cette vignette enregistre les distances parcourues et calcule les péages dus en fonction de la taille du véhicule et de la distance parcourue sur les autoroutes allemandes.

  7. Les radars, c’est devenu une pompe à fric. Maintenant on passe son temps à avoir le nez sur le compteur et on se fait avoir pour 5, 6 kilomètres de plus. Faites la chasse aux gens alcoolisés et drogués.

    • Ne pas oublier les utilisateurs utilisatrices de smartphones ainsi que ceux celles qui confondent voiture et bureau , j’en ai vue trop souvent qui consultaient leur dossier tout en conduisant.

  8. Sur les autoroutes allemandes, on peut rouler jusqu’à 200km/h, mais la vitesse fait partie des cours de conduite et sont disciplinés, respectent les limitations de vitesse dès qu’elles sont indiquées (50km/h par exemple) il ne me semble qu’il n’y a pas plus d’accidents qu’ailleurs.

    • Oui mais faites gaffe aux abrutis de Suisses qui se croient chez eux et roulent à gauche à 110 alors que le mec derrière arrive à 180!

  9. Ce pays est devenu invivable… Cette etude prouve bien que ce n’est pas la vitesse qui tue .Si tel etait le cas , il y zurait plus de morts sur nationales que sur departementales et bien pnus encore sur autoroute… Or le ratio est de 500 % de morts en moins sur 4 voies protegees . Ce sont donc les departements et les communes qui n’entretenant pas leurs routes sont responsables d’un grand nombre d’accidents .Notons au passage que le cobtrold technique lui non plus n’aura servi a rien

  10. La sécurité routière est l’alibi pour justifier la démultiplication des radars. Radars qui vont être dotés d’IA pour les rendre encore plus « performants ». Performants non pas dans la sécurité routière mais faire démultiplier le nombre des verbalisation et faire du fric! Qui peut croire au narratif des promoteurs de la répression automatisée de la circulation routière? personne de sensé ne peut croire un instant cette fable. est-ce que le pouvoir macroniste est soucieux de la sécurité des Français quand il ne met aucune ardeur à faire appliquer les OQTF? il n’y a pas de fric à faire et pire, les gens sous OQTF nous coûtent du pognon sans parler du tort qu’un bon nombre d’individus sous OQTF en matière de sécurité publique. Si parmi les lecteurs de BV il y en a qui croit au narratif sécuritaire de Macron, leur cas est désespéré. Ils sont irrécupérables…

  11. En Eure et Loir, bon nombres de radars sont plus proches des guirlandes de Noël tellement ils clignotent que d’une réelle efficacité ! …
    Sur le trajet « Chartres – Tours » c’est plus d’une douzaine de radars ( sans compter les jumelles et les radars « travaux » ) qui sont en fonction ! …
    Ca se saurait si les radars étaient « utiles » pour réfréner les dangers de la Route ! …
    Une « pompe à fric » dont certains « élus » s’exonèrent sans peine puisqu’ils mettent les « giros » et roulent à tombeau ouvert …

  12. Plus de 30 ans de permis, des centaines de milliers de kilomètres avalés, et jamais aucun contrôle d’alcoolémie. Les radars ne servent à rien pour la bonne raison que parfois on ne les voit pas, et que de plus, la sanction arrive beaucoup plus tard. Vous n’êtes plus sur la route quand elle arrive, alors, si on roule vite, et que l’on se fait flasher sans avoir un gendarme qui vous arrête plus loin, expliquez-moi juste comment vous faites pour lutter contre la mortalité routière dans ce cas, car on ne vous empêche pas de rouler vite quand le contrôle est fait. Au moins avec un contrôle d’alcoolémie, le gendarme est là pour vous immobiliser quand vous êtes fautif. Mais voila, il faut des gendarmes sur les routes.
    Et c’est la même chose pour les radars à feux. Je suis pour, mais malheureusement, ça n’empêchera pas l’accident si ça doit arriver.

    Après, vous avez des malades qui viennent se planquer parfois au milieu des autoroutes, entre les 2 barrières de sécurité. Prendre des risques à ce point pour choper 3 gonzes à l’heure, il faut vraiment être timbré.

    Même le radar à la frontière de Genève est mal placé. Il a pourtant parfaitement rempli son office et le fait encore, mais les douaniers ont eux-mêmes reconnus qu’il était placé beaucoup trop tôt, donc les gens ralentissent, et accélérèrent derrière, alors que justement, pour prendre les chicanes, il faut continuer à ralentir. Il y a donc la théorie et la réalité.

    On devrait faire un audit sur tous les radars. Ceux qui n’ont pas fait baisser la mortalité devraient être déplacés ailleurs. Ceux qui ne font que du pognon également.

    • En Dordogne les contrôles se mettent au bout des zones de dépassement sur les départementales, comme vous êtes obligé de rouler un peux plus vite pour dépasser rapidement le véhicule plus lent que vous , vous êtes sur de vous faire avoir a tout les coups , et ils le font sur deux ou trois zones de dépassement qui ce suivent ; résultat les points et les amendes tombent.

  13. Le matraquage fiscale ne concerne que les « bon contribuables » puisque le taux de recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles en France serait d’environ 20 % seulement, ce qui signifie que environ 80 % de ces amendes ne sont pas récupérées

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Les meurtriers de Quentin Deranque sont désignés comme des camarades
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois