Dans les enseignes de vêtements, les collections de printemps ont fait leur entrée. La mode des beaux jours est au dénudé. Une réaction à la situation qui nous pèse depuis un an peut-être : obligé de se couvrir le visage, on compense en découvrant le reste. Bref, et je parle ici des vêtements pour femmes et assimilé-e-s, c’est short, combishort, tailleurs short et encore short sous « crop top », ce haut très court qui dévoile le nombril. Dans toutes les matières et toutes les couleurs, les personnes qui se veulent/prétendent/désirent féminines (j’essaie de n’oublier personne) auront, aux beaux jours, les cuisses et le ventre à l’air.

Mon ambition n’est pas ici d’analyser la mode printemps-été 2021, juste de faire remarquer une tendance forte qui me paraît dangereuse eu égard à ce qui suit.

Le Parisien de ce lundi s’interrogeait, en effet, sur un sujet fort préoccupant, à savoir : pourquoi les femmes déposent-elles si peu de plaintes pour voyeurisme alors que la loi, désormais, les y autorise ?

Puisqu’il faut tout baptiser d’un mot anglais, on vise particulièrement le « upskirting », soit l’action de filmer sous les jupes. C’est le voyeurisme 2.0. Dans mon adolescence, le voyeur était du genre quinqua bedonnant qui, appareil photo en bandoulière, rôdait l’été dans les dunes et l’hiver à l’abord des stades (rendez-vous compte, on faisait du sport dehors, en hiver !). Les smartphones et les perches à selfies ont révolutionné la méthode et les réseaux sociaux facilité la circulation des images.

« Avec l’arrivée des nouvelles technologies, et en particulier des téléphones portables, il semblait nécessaire de créer cette incrimination. Filmer ou photographier sans consentement était devenu beaucoup plus facile », dit un avocat ; la loi du 3 août 2018 est donc venue combler un vide juridique.

Enfant du Grenelle contre les violences faites aux femmes, cette loi punit désormais d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende l’amateur-trice d’images volées à l’intimité des personnes. Des peines portées à deux ans de prison et 30.000 euros en cas de circonstances aggravantes : minorité de la victime, délit commis par une personne ayant autorité, etc.

Pour autant, nous dit-on, le législateur n’a pas retenu « la qualification initialement prévue de “captation d’images impudiques”, votée au Parlement » et lui a préféré celle de « voyeurisme ». C’est pour pouvoir réprimer « le fait d’user de tout moyen afin d’apercevoir les parties intimes d’une personne », ce qui élargit le champ des possibles, comme disent les gens savants.

On aurait tort de croire que seuls les Français sont amateurs de la lorgnette. « Cette infraction est un phénomène mondial contre lequel d’autres pays ont également légiféré. Elle est punie, par exemple, en Belgique, en Allemagne, au Canada, dans certains États américains ou au  », nous dit le quotidien. Quant aux autres, c’est juste qu’ils ne la répriment pas.

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf que. Sauf que les femmes n’utilisent pas cette arme. « Pourquoi si peu de plaintes ? » demande Le Parisien. Peut-être parce qu’on a, une fois de plus, pondu une loi de pure circonstance. Pour faire plaisir. En réaction à l’actualité. Pour être dans le « mouvement sociétal », sur la lancée des MeToo et consorts.

Jeune étudiante débarquée à Paris, j’ai eu droit, comme tant de mes semblables, à l’exhibitionniste du métro. Le monsieur qui se présente au garde-à-vous ne vous tend pas, en plus, sa carte d’identité. En oie blanche apeurée que j’étais, je me suis enfuie en courant. Celui qui passe aujourd’hui son smartphone sous une jupe ne laisse pas non plus ses coordonnées.

Paradoxalement, la mode de printemps va offrir aux voyeurs de quoi se régaler… quoique : ce qu’ils aiment, c’est l’intimité volée. Pas celle qu’on expose sous leur nez.

26 janvier 2021

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