Attali et l’Europe en 2037

Celui qui parle à l’oreille des dirigeants avait, avec Zoé Sfez, invité, cette semaine, sur France Culture, Estelle Brachlianoff, directrice générale adjointe des opérations du groupe Veolia, et Enrico Letta, ancien président du Conseil italien. Autant le dire tout de suite, tout ce beau monde est sur la même ligne et on se plaît à imaginer un chien dans ce jeu de quilles idéologiquement hiératiques.

Résumons : l’Europe sera une « entité » où il fera bon vivre, contrairement à la Chine et aux États-Unis, suffoqués par leur pollution. Les migrants – Merkel a montré la voie –, porteurs enthousiastes d’une volonté d’avenir, contribueront à la nécessaire ouverture de notre continent, qui, d’ailleurs, peut s’élargir à la Nouvelle-Zélande et au Canada. Car l’Europe transcende les frontières : elle n’est pas géographique, bien qu’on évoque un « ancrage » territorial des entreprises. Et la Russie ? demande, taquin, Jacques Attali. Impossible telle qu’elle est ! Une partie de Russie, certes (on ne nous dit pas laquelle). Le pays de Poutine a raté l’occasion de négocier son énergie (qui interdit d’acheter du gaz aux Russes ? Faut-il se plier, se soumettre ?). Et M. Letta, probablement dans un noble souci de paix, regrette qu’on n’ait pas intégré l’Ukraine.

Et les clichés ronflants ruissellent : « bien-être collectif », « citoyen », « personne », « attractif », « soft power », « humanisme technologique » (oxymore hasardeux), « lutte contre les inégalités éducatives ».

À ce dernier propos pointe une vérité : le programme Erasmus était, de facto, destiné aux classes moyennes. Proposition de M. Letta ? Imposer quatre mois de stage à l’étranger aux adolescents. Idée qui a l’air séduisante, mais qui se heurterait à des problèmes financiers, matériels et culturels (les « parcours éducatifs » réussis le sont grâce à un état d’esprit idoine, et des mesures bureaucratiques ne remplaceraient pas les défaillances inévitables des volontés trop fréquentes, pour des raisons qui tiennent à la nature humaine, parmi les masses scolaires).

Au-delà de cette utopie égalitariste, qui a provoqué des ravages dans notre École, et si on laisse de côté l’emballement lyrique qui fait prophétiser un avenir qui chante, un monde tout rose, ou plutôt vert (l’équivalent de ce qu’était, jadis, le rêve socialiste), un rejet véhément, voire haineux, unit cet aréopage de prophètes, c’est celui du « populisme », ce « virus contagieux », et les « Brexit » menaçants, qui peuvent éclater à l’Est. Cette maladie mortelle risque de fragiliser nos entreprises, qui seraient dévorées par les Américains et les Chinois. À vrai dire, on ne s’était pas aperçu qu’elles étaient, grâce à la Commission européenne, si protégées que cela contre la voracité yankee !

Qu’à cela ne tienne, et l’on termine cette palabre grisante par une vision abracadabrantesque : en 2037, le président de l’Europe sera élu au suffrage direct et Greta, la grande petite Greta, sera dirigeante d’entreprise…

On est sauvé !

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