Arnault et Bolloré débarquent sur X : les grands patrons sortent du silence

De grands patrons rejoignent X pour répondre à leurs détracteurs. Un signe du déclassement des médias traditionnels ?
Captures d'écran Le Figaro et LCP
Captures d'écran Le Figaro et LCP

Un milliardaire qui en félicite un autre : la scène suffira sans doute à provoquer quelques crises d’urticaire, dans les rédactions de gauche. Ce mardi 28 juillet, Vincent Bolloré a adressé un message chaleureux au célèbre entrepreneur Bernard Arnault, sur les réseaux sociaux. « Je me réjouis de l’arrivée de Bernard Arnault sur X ! », écrit le propriétaire de Vivendi, avant de saluer sa « réussite exceptionnelle » mais aussi « une personne d’une très grande profondeur et d’un grand cœur ». Et l’industriel breton de glisser, au passage, une appréciation peu charitable sur l’état du pays : « Dans ces moments où la France s’enfonce, par une gestion désastreuse, dans de graves difficultés, ses avis seront précieux. »

Le message envoyé est clair. Aux yeux de Vincent Bolloré, le patron de LVMH n’a pas seulement vocation à parler sacs à main, montres et résultats trimestriels. Il peut aussi apporter sa voix au débat public.

Bernard Arnault descend dans l’arène

Cette arrivée n’est pas tout à fait spontanée. Elle ressemble plutôt à une contre-offensive. Quelques heures auparavant, Bernard Arnault avait rompu avec sa légendaire discrétion pour répondre à l’enquête que Le Monde venait de consacrer à son « empire ». Six mois de travail, deux journalistes mobilisées, six épisodes en double page : le quotidien du soir a sorti l’artillerie lourde pour ausculter les affaires, les relations politiques et même les rivalités familiales du patron français. La riposte de l’intéressé, sobrement intitulée « Merci » et postée sur le compte X (ex-Twitter) du groupe LVMH, est un petit chef-d’œuvre d’ironie froide. Arnault feint d’abord de se réjouir du vif intérêt que lui porte Le Monde. « Je n’avais pas eu droit à pareil traitement depuis la reprise de Boussac en 1984. On m’appelait alors "The Terminator". Je préfère "la dernière famille royale", c’est plus élégant », ironise-t-il. Mais derrière l’humour perce une réelle exaspération. Alors que le quotidien présente les Arnault comme une dynastie travaillée par les ambitions intestines, les jalousies et les complots de succession, le père rétorque que ses enfants se contentent de diriger des équipes, prendre des décisions et, comble du romanesque, « s’appellent le dimanche »

Bernard Arnault répond également au procès économique qui lui est fait. Depuis des décennies, une partie de la presse réduit volontiers la réussite des grands entrepreneurs aux avantages fiscaux, aides publiques ou relations bien placées. Le milliardaire rappelle donc quelques vérités bien senties. « En 1984, quand j’ai repris Boussac, votre journal aurait-il parié un franc sur le fait que la France abriterait, quarante ans plus tard, le leader mondial du luxe », interroge-t-il, avant de souligner que son groupe emploie 220.000 collaborateurs, dont 40.000 en France, et aurait contribué à hauteur de plus de 40 milliards d’euros au Trésor public. Et l’entrepreneur de promettre qu’il continuera néanmoins à faire les mots croisés du Monde, « qui, eux, sont excellents ». À bon entendeur.

Bolloré, le précurseur

Bernard Arnault n’est pas le premier grand patron français à comprendre l’intérêt d’une parole directe. Le 22 mai dernier, Vincent Bolloré avait inauguré son compte X par un laconique « Bonjour ». Deux mois plus tard, il rassemble déjà plusieurs dizaines de milliers d’abonnés. Une façon de court-circuiter les éditorialistes chargés, depuis des années, de traduire ses actes, ses convictions et parfois même ses silences.

L’arrivée de ces deux patrons consacre aussi la montée en puissance des réseaux sociaux, et notamment de X, comme véritable contre-pouvoir. Pendant des décennies, quelques grands titres détenaient presque seuls le pouvoir de choisir les sujets, de distribuer les bons et les mauvais points et d’imposer leur doxa. Cette époque est révolue. Une enquête peut désormais être contestée point par point devant des millions de lecteurs, sans filtre et sans intermédiaire. Le journaliste conserve le droit d’investiguer ; sa cible conquiert celui de lui répondre à armes presque égales.

Picture of Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Notre Mozart de la finance devrait aller faire un stage chez ces deux-là il apprendrait ce qu’est de produire
    un euro

    • Ça ne serait pas possible sans déprogrammer le logiciel dans le cerveau. Il faudrait faire table rase de toute idéologie, de croyances etc.. et reprogrammer le tout comme une renaissance. Mais a t on besoin de lui ? L homme est peut être sympa mais pas dans la fonction qu il occupe. A travers toutes les lectures, il est malheureusement détesté.

  2. à Boxer et à Schmitt, 30 juillet (très tôt)
    Pour Schmitt : lisez la réponse que je donne à Souverainiste 67
    Pour Boxer : que savez-vous de « pour qui je penche » ? Je ne suis pas certain que vous me lisez attentivement.

    • A Limousin.Alors exprimez vous plus clairement, perso je ne suis jamais ambiguë et dis clairement les choses, ça évite les quiproquos.

  3. « Le journaliste conserve le droit d’investiguer ; sa cible conquiert celui de lui répondre à armes presque égales. »
    Les armes ne sont pas égales, même si Arnault ou d’autres grands patrons n’ont pas autant de followers que le journal d’extrême gauche Le Monde a de lecteurs, le moindre tweet économique ou politique de ces personnes sera partagé plusieurs fois et sera repris par les médias de l’autre bord.

    Les grands patrons contre-attaquent une presse de gauche qui ne fait rien, qui ne produit rien, qui n’informe pas : c’est une très bonne chose pour la liberté d’expression.

  4. Excellent ! Quand, « nous », nous relevons l’absurdité, la bêtise crasse, la jalousie, et les mensonges des gauchos et écolos de base… pas grand monde pour s’y intéresser. Quand des gens comme Arnault et Bolloré le font, ça ne passe pas inaperçu, et le message passe mieux. C’est dommage, mais c’est comme ça.

    • même sans beaucoup de « followers » (?) leurs tweet seront toujours amplifiés par la bonne presse et donc diffusés.

  5. Pensées gauchistes: Haro sur les grands patrons (créateurs de richesses), également sur leurs héritiers, et en général, sur tous ceux qui se lèvent tôt pour sortir de la médiocrité !
    Pas un mot sur les assistés professionnels, les sangsues des associations débiles et institutions de recasage de copains !
    Le comble, lorsqu’une une entreprise « bat de l’aile » vite on recherche un nouveau …..patron !
    Ces gens ne sont que des aigris animés par leur crasse nullité…..

  6. Bravo à monsieur Arnault : « « En 1984, quand j’ai repris Boussac, votre journal aurait-il parié un franc sur le fait que la France abriterait, quarante ans plus tard, le leader mondial du luxe », interroge-t-il, avant de souligner que son groupe emploie 220.000 collaborateurs, dont 40.000 en France, et aurait contribué à hauteur de plus de 40 milliards d’euros au Trésor public. »…
    Il est sûr qu’un tel bilan peut donner des boutons à monsieur Mélenchon qui, depuis des décennies, ne vit que d’indemnités payées sur nos impôts. Bien que n’ayant monté aucune entreprise ni créé aucun emploi, il a quand même réussi à amasser un petit patrimoine qui le fait se fâcher tout rouge quand on en parle parce que, monsieur Mélenchon qui dénonce les riches, ne veut surtout pas qu’on sache qu’il est un nanti à la limite d’être soumis à l’ISF alors qu’il n’a jamais travaillé dans une entreprise… Il oublie que les 40 milliards d’euros versés au Trésor public par monsieur Arnault lui ont permis, aussi, depuis 40 ans, de toucher ses indemnités de Député, Sénateur, Député Europeen … A Massy, dans les Landes, à Marseille, et même ministre … Partout où il a pu trouver une place pour vivre aux crochets de l’État…

  7. Enfin. Nos grands patrons se dérident.
    Leurs positions seront très certainement éclairantes. De la preuve de leur réussite ne peuvent naître que de bonnes analyses.

    La gauche aigrie par nature, désolée, sans le reconnaître, de ne pas être à la hauteur des enjeux mondiaux, se réfugie dans la critique, voire dans l’absurdité. Elle n’aime pas les riches, elle n’aime pas la réussite donc s’oppose au mérite. Et pour cause, elle végète dans de l’ordinaire malgré toutes ses gesticulations. Elle bavarde beaucoup mais agit peu dans le développement des activités productrices. En cela elle a un maître, E. Macron, fer de lance en matière de clowneries.

    Donc, expressions de personnalités à suivre avec attention.

  8. On doit féliciter M. Arnault & M. Bolloré de s’engager à remettre les pendules journalistiques/médiatiques à l’heure grâce à X. Le monopole des médias traditionnelles de  »guider » l’opinion publique est révolu car X donne la voix à ceux/celles qui choisissent de s’exprimer. Vive la liberté de parole.

    • Fiction ? Pas du tout! De Villiers Ministre de l’Intérieur etc etc… on peut citer les seuls Capables et bien, que les médias nous demandent notre avis.

      • De Villiers pourrait occuper le siège au dessus mais il n’est pas fou et pour l’Intérieur il me semble que vu son galop d’essai Retailleau pourrait faire mais il n’a pas que des amis, si tant est même qu’il en ait..

    • Vous estimez qu’ils ne sont pas sains d’esprit ? D’ailleurs ce qu’il faut à la tête c’est un guide et une autorité pour coordonner des personnalités brillantes. Dans le genre on a eu un Général mais ce n’est pas obligatoire. Perso j’en connais 1 ou 2, pas plus.

  9. Aijourd’hui, l’arcom a infligé à cnews une amende de 200000€ pour des propos qui auraient « incité à la haine et au rejet », en fait des propos décrivant le réel que chacun à sous les yeux. Pour l’instant, il reste x, espace de libre expression. Pour combien de temps ?

    • L’Arcom est un outil de l’état pour promouvoir la bien-pensance officielle et censure ceux/celles qui y dérogent.

    • L’arcom doit il argumenter ? Cette chose ressemble beaucoup à un organe de censure au service du pouvoir de gauche. Dans quelques mois, référendum et économies.

    • X Niel joue même contre son beau papa ! Quant à Pigasse c est un bel opportuniste. Ces deux là ne tiennent pas la route à côté de Bolloré et Arnault.
      Quand à la loi, elle est toujours plus simple à suivre quand elle va dans le sens qui nous intéresse. Personnellement J espère que l Arcom sera dissous l année prochaine car elle manque d impartialité.

  10. Peut-on se réjouir, quand on est « journaliste indépendant » (Jean Kast se définit ainsi) quand deux groupes de presse ayant une « position de marché » significative s’entendent pour obtenir une position dominante collective avec le risque d’en abuser, au grand dam des libertés publiques (liberté de la presse, liberté d’opinion) ?

    • @Limousin

      Pourquoi omette -vous de citer Xavier Niel et Mathieu Pigasse? Le rôle qu’ils jouent et l’influence qu’ils exercent, seraient ils quantité négligeable?

    • Je vous rappelle que MM Bolloré et Arnault ne touchent aucune subvention de l’état, contrairement aux torchons de gauche.

    • Liberté de la presse et d’opinion vous dîtes ? Mais vous nous prenez vraiment pour des demeurés Limousin car quand on voit l’Arcom s’acharner sur Cnews et la mauvaise foi crasse de la plupart des journalistes et médias traditionnels, un peu comme la vôtre d’ailleurs, on se demande comment vous osez tenir de tels paroles.Heureusement qu’il y a encore des Bolloré pour contredire le discours et l’information officiels et un Arnaud qui prouve que des patrons français peuvent faire prospérer l’économie.

      • Libre à vous de penser ce que vous pensez de Bolloré. En revanche, il importe que la loi soit respectée et que je sache, le droit de la concurrence, corollaire de la liberté d’entreprendre fait partie de la loi et a l’importance qui lui revient dans la vie en société. Je ne suis pas sûr que des groupes dominants de presse respectent ce droit et cette liberté et, n’étant pas seul à le dire, je pense que cela mérite une réflexion critique attentive.
        L’ARCOM est une autorité dite « indépendante » mais le statut des autorités indépendantes, surtout lorsqu’elles ne respectent pas les principes du procès équitable et ne présentent pas toutes les caractéristiques de l’indépendance des juridictions (principe constitutionnel) est régulièrement sujet à critique. On peut regretter que les parlementaires (parmi eux le Rassemblement national qui semble être préféré par beaucoup de lecteurs, voire par la rédaction de BV à d’autres mouvements d’opposition, surtout si elle est souverainiste) n’aient exigé des mesures pour réformer de telles autorités dont l’indépendance est manifestement « insuffisante ».

    • Parce que Pigasse et Niel ne possèdent pas journaux, eux ? Ils n’ont pass de position dominante, eux ? Seriez vous un membre caché de l’ARCOM qui ne pointe du doigt que des individus soigneusement sélectionnés ? Ces deux. milliardaires utilisent un partie de leur argent à financer des journaux de gauche car ils leur servent de paravent pour continuer à faire leur petites affaires sans risquer d’être attaqués par la bien pensance. Ça permet par exemple à monsieur Pigasse de prendre un avion privé, en douce, de revêtir son plus beau smoking avec noeud pap’ et d’aller serrer, tout sourire, la pince de monsieur Trump au cours d’une soirée de gala à la Maison Blanche, afin d’obtenir le contrat de restructuration de la dette du Venezuela, marché qui se monte à plusieurs milliards avec les commissions qui l’accompagnent… C’est ça être de GoÔoche, monsieur Limousin ?

      • Gardez vos présupposés sur mes opinions personnelles, voulez-vous, François 47.
        J’avais préparé une réponse à Souverainiste67 sur ce sujet ce matin et elle n’est toujours pas publiée. Elle était courtoise et étayée. Dommage j’aurais pu vous dire pourquoi je n’oubliais pas les autres magnats de presse pour autant qu’ils ont une position dominante sur le marché de la presse, qu’ils partagent souvent avec Bolloré et Arnault. Je vous conseille de lire les avis et les décisions du Conseil puis de l’Autorité de la concurrence, qui ont les critères de l’indépendance que n’a pas l’ARCOM par exemple.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois