Il faut croire que pour nos hommes politiques, encore un peu instruits de légende historique, les symboles ont de l’importance. C’est ce 4 septembre qu’Arnaud Montebourg – qui y pensait en se rasant sans doute à s’écorcher depuis son éviction du gouvernement en 2014 – a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, depuis sa ville natale de Clamecy, dans la Nièvre.

Un pas en avant préparé de longue date. Son entourage l’annonçait dès la mi-août à l’AFP, pour préparer le terrain de foire d’empoigne, arguant que la crise du Covid avait « fait remonter dans les préoccupations des Français les thématiques qu’il a portées depuis près de 20 ans » : démondialisation, protection des industries et des emplois et volonté de sortir du « régime hyper-présidentiel de la Ve République ».

prêcherait donc dans le désert depuis vingt ans ! Pensez-donc : celui qui fut ministre de l’Économie et du « Redressement productif » de François Hollande, sous l’avion de Ayrault et le réacteur à particules Valls, avait été « viré », voici sept ans, pour une blague potache à l’encontre du Ravi de l’Élysée de l’époque. C’était lors d’une fête de la rose, à Frangy-en-Bresse. Devant les caméras, le ministre exhibait un bon picrate local (bourgogne-côte-chalonnaise), « la cuvée du Redressement » ; pour appeler à sauver le tonneau percé des Danaïdes du PS. Comme pour s’excuser de sa saillie frondeuse, il dira à Manu, qui le vire au nom de François : « Qu’est-ce que tu veux… c’est mon inconscient qui a parlé ! » avant de le serrer dans ses bras et de vider les lieux… comme un prince.

Alors pour le « come^-back », tout est bien huilé : une annonce annoncée ; devant une cohorte de Clamecycois et Clamecycoise, cois d’émotion provinciale ; appel du pied à la France profonde ; et un 4 septembre, tout un symbole. Un appel au sursaut patriotique, tel ce Léon Gambetta, aux origines mêlées, comme notre Arnaud national, qui du balcon de l’hôtel de ville de Paris, proclamait la République IIIe, le 4 septembre 1870… avant de s’envoler en ballon vers Tours, un mois plus tard, pour essayer de « redresser » la France. Un certain panache commun dans l’action.

Mais – car il y a toujours un mais – le slogan de campagne du bel Arnaud nous laissera perplexe : « la remontada de la France ».

Qu’est-ce qu’une remontada» ? Nos amis footeux le savent depuis cet épisode du 2017 qui vit le FC Barcelone écraser le Saint-Germain au score de 6 contre 1. Terme footballistique espagnol, donc, qui franchit les Pyrénées, lors de cette défaite française, pour entrer, en ce début d’année, au Larousse. Manuel VallS, l’ancien videur d’Arnaud des pistes du dancing élyséen, croyait aussi mordicus à sa remontada barcelonaise en 2019. Un mot porte-bonheur, en somme !

Et, comme si un malheur n’arrivait jamais seul, ce 4 septembre, à Kiev, les Bleus ont été mis en échec 1-1 par des Ukrainiens peu sensibles à nos états d’âme. Nul ! « C’est fini, l’euphorie… », a dit Hugo Lloris. Et Arnaud ? Et son euphorie politique ? Lui qui vient comme un rempart de la gauche « Bleu Blanc Ruche » pour éviter à la France « la douleur » de subir encore ou le « danger » de connaître Le Pen ?

Connaîtra-t-il – si son ballon électoral n’est pas une baudruche – le destin de celui de son modèle Gambetta, venu s’écraser près de Beauvais, dans les hauteurs d’un chêne, après quelques heures de vol ? Les paysans le sortirent du mauvais pas. Pour que les électeurs viennent aider Arnaud à sa remontada, il lui faudra d’abord les 500 signatures. Sinon : rebajada, comme on dit en Espagne !

5 septembre 2021

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