Editoriaux - International - 18 avril 2019

Après Notre-Dame, la cathédrale Saint-Patrick de New York a-t-elle failli y passer aussi ?

Voulait-il provoquer un incendie involontaire ? Question qui n’est pas sotte, par les temps qui courent, et posée par un ami découvrant, ce jeudi matin, l’information en provenance des États-Unis. Un individu a été arrêté, mercredi soir, alors qu’il tentait d’entrer dans la cathédrale Saint-Patrick de New York, porteur de deux bidons d’essence et deux briquets.

L’individu, nous dit-on, est un homme. D’abord, qu’est-ce qui faire dire cela aux médias ? Âgé de 37 ans. Pas 36, ni 38. Non, 37 : important. Le gars a déclaré que sa voiture était tombée en panne d’essence et qu’il voulait emprunter un raccourci. Pourquoi pas. Tous les chemins mènent à Rome, ces jours-ci, et pour aller faire de l’essence à la pompe, qui nous dit que le plus court chemin n’est pas de traverser la cathédrale ? J’ai souvenir, à Toulouse, d’une église dans le vieux centre, que l’on traversait pour gagner du temps. Sauf que la voiture ne manquait pas de carburant. Un zinzin, alors ? Notre monde en regorge, semble-t-il. Du reste, nous dit-on, ses réponses étaient « incohérentes et évasives ». « Nous ne savons pas quel était son état d’esprit, quelle était sa motivation », a déclaré un commissaire de la police de New York (pour ceux qui regardent les séries américaines, la fameuse NYPD).

Il est probable que cette information n’aurait pas franchi l’Atlantique, il y a encore une semaine. Or, en ce jeudi 18 avril, la plupart des journaux français relaient cette « news » en rappelant que cet acte vient quelques jours après l’incendie de Notre-Dame. So what? C’est quoi, le rapport ? Car, on est bien d’accord – on nous l’a dit et répété -, l’incendie de Notre-Dame est ac-ci-den-tel. On n’y revient pas. Alors, pourquoi nous rapporter cet incident de New York ? Pour jouer à se faire peur comme les enfants jouent avec les allumettes ? C’est bien connu, la différence entre un incident sans conséquences et un drame, c’est parfois très peu de choses : une seconde trop tard, un centimètre trop loin. D’un des deux bidons, un peu d’essence n’est-elle pas tombée sur le sol, nous dit-on ? L’hypothèse que cet homme, qui n’a probablement pas inventé le bidon de deux litres, « connu des services de police », selon l’expression consacrée, aurait pu être inspiré par l’incendie de Notre-Dame n’est pas évoquée. C’est peut-être la part d’initiative que laisse la presse à notre imagination « amalgamogène ».

Plus sérieusement, cet incident qui aurait peut-être pu avoir des conséquences terribles révèle combien nos églises sont tout sauf des forteresses, des banques ou des palais nationaux…

Puisque nous y sommes, et compte tenu du niveau de culture religieuse de beaucoup de nos médias (entendu à la télé, lundi soir, je cite de mémoire : « L’incendie de Notre-Dame s’est déclaré alors que la messe des vêpres s’achevait… »), il ne serait peut-être pas inutile de suggérer aux services de presse de l’Église de France qu’ils préviennent les médias : si on leur signale des feux sur les parvis de nos églises dans la soirée de samedi, veille de Pâques, qu’ils n’aillent pas imaginer une recrudescence d’incendies involontaires provoqués par des irresponsables. Non, il s’agira tout simplement de la cérémonie de bénédiction du feu au début de la vigile pascale.

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