Souvenez-vous, le Mozart de la finance nous l'avait promis, secondé par un librettiste de talent en la personne de Bruno Le Maire : les entreprises françaises, renflouées par le « quoi qu'il en coûte », l'argent magique et les prêts de secours, devaient garder leur souveraineté. C'était il n'y a pas si longtemps. On nous promettait de retrouver « lavidavan », en un seul mot de préférence. La partition était écrite. À l'aube de 2023, l'opéra nous semble aujourd'hui d'une facture moins classique que prévu. Moins classique et plus salée.

La Croix nous apprend ainsi que certaines entreprises françaises ne seront plus capables de produire autant qu'avant. La faute en revient à l'augmentation du prix de l'énergie. Le plus grand consommateur d'électricité de l'industrie nationale, Aluminium Dunkerque, a annoncé qu'il allait devoir réduire de 20 % sa production. Malgré le dispositif ARENH, qui permet à la société d'acheter 75 % de son électricité nucléaire à prix coûtant (en plombant les comptes d'EDF, puisqu'on n'a rien sans rien), les 25 % restants doivent être achetés sur le marché de gros... à 1.150 euros du mégawattheure, contre 70 ou 80 en 2020.

La verrerie, la cristallerie, l'industrie chimique commencent à passer « en mode hivernage » et à mettre une partie de leurs employés au chômage partiel. Certains hauts fourneaux devraient passer au fioul afin d'économiser le gaz. Que faire, dès lors ? L'État a prévu de renflouer une partie des caisses des grandes entreprises. Ce n'est pas encore l'URSS, mais ça en prend le chemin. Pénuries, inflation, peuple passif, État à la fois tentaculaire, envahissant et failli qui s'accroche au domaine régalien sans pouvoir assumer son rôle jusque sur son propre sol : on a déjà vu ça quelque part.

Il ne manque donc pas seulement de la moutarde dans les rayons de chez Carrefour. Il manque aussi du gaz et de l'électricité pour faire fonctionner nos fleurons. Ce n'est pas « la faute au contexte géopolitique », en tout cas pas seulement. C'est surtout la faute d'une servilité irrationnelle de l'Europe en général, et de la en particulier, vis-à-vis des États-Unis. Maurice Druon avait écrit jadis un essai percutant, La France aux ordres d'un cadavre (Éditions du Rocher) pour montrer à quel point la classe politique continuait à obéir aveuglément aux injonctions d'une gauche morte. On pourrait imaginer un deuxième tome, qui porterait le même titre. Sommée de saigner à blanc ses plus belles industries, pour complaire à une puissance déclinante, aux ordres d'un vieillard moribond, la est toujours aux ordres d'un cadavre.

Les capitaines d'industrie sont bien plus patriotes que ne l'imaginent les fantasmes gauchistes : s'ils n'aimaient que l'argent et le profit, ils partiraient. Il n'y a plus rien, en France, qui soit de nature à retenir, et encore moins à attirer, des entrepreneurs. Seule une obscure et admirable fidélité à ce que nous fûmes maintient encore un semblant de tissu industriel. Une fois de plus, bravo l'artiste ! Et un coup de chapeau spécial à Bruno Le Maire, que tous les hauts parisiens, dans leurs dîners à l'unisson, persistent à trouver génial et sérieux, contre l'évidence.

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6 septembre 2022

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38 commentaires

  1. Le plus cocasse : les prix de l’électricité subissent une telle augmentation que le coût kilométrique des voitures électriques sera bientôt aussi élevé que celui des voitures thermiques.
    L’objectif d’interdire tous les moteurs thermiques en 2035 devient aussi chimérique que le remplacement des centrales nucléaires par des ventilateurs au fonctionnement aléatoire.

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