Culture - Editoriaux - Musique - Polémiques - 14 juin 2019

Après avoir voulu « pendre les Blancs », le rappeur Nick Conrad traite Charles Trenet de « con » !

Qui oserait encore prétendre que la musique puisse adoucir les mœurs ? Surtout pas le rappeur Nick Conrad. Effectivement, son dernier succès, « Pendez les Blancs », n’appelait pas exactement à un meilleur « vivre ensemble ». Ce titre, ayant suscité la polémique qu’on sait, a d’ailleurs valu à l’artiste une condamnation à 5.000 euros avec sursis pour « provocation au crime ». C’était le 19 mars dernier et pas cher payé. Royal au bar, le tribunal.

Son avocat, Maître Chloé Arnoux, entend faire appel, conformément au rôle étant le sien, assurant vouloir placer le débat sur la « liberté d’expression » ; ce qui n’engage aujourd’hui plus à grand-chose, tant l’argument semble être usé jusqu’à la corde, à force d’avoir été utilisé à des géométries de plus en plus variables.

Ainsi, faut-il continuer à poursuivre Nick Conrad devant les tribunaux ? Ça peut se discuter. D’un côté, on peut estimer qu’aux attaques des ligues de vertu institutionnelles (LICRA, MRAP, SOS Racisme) il faille allumer des contre-feux, telles d’autres ligues fonctionnant en sens contraire mais toujours selon la même logique, comme la dynamique et courageuse AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne).

Pourquoi pas. Mais on peut aussi considérer que ce qui est méprisable doive avant tout être traité par le mépris. Après tout, Nick Conrad peut bien chanter ce qu’il veut, appeler au meurtre de tel ou tel, on n’est pas obligé d’acheter ses disques ou d’aller l’écouter sur Internet. On n’est surtout pas obligé d’entrer dans son jeu, sachant qu’il fait son miel et son oseille de ce genre de polémiques.

En revanche, il pourrait être autrement plus judicieux de défendre la liberté d’autres artistes qui oseraient railler ces rappeurs ineptes autant qu’inaptes, se montrant incapables de chanter à peu près juste sans l’aide du logiciel Auto-Tune. Par les temps qui courent, ça ne se bouscule guère. En ces temps de « parole libérée », ce n’est pas plus étonnant que ça. Pareillement, il peut sembler plus efficace de moquer les jobastres voyant en chaque couineur conscientisé une sorte de nouveau François Villon en puissance : devant le péril, mieux vaut viser la tête (Télérama, France Inter ou Libération, par exemple) que les mollets, Nick Machin ou Truc Conrad.

En revanche, qu’un Georges El Assidi, ancien secrétaire particulier et héritier de Charles Trenet, puisse porter plainte contre le même Nick Conrad, le dernier titre d’icelui, « Doux pays », n’étant pas exactement tendre à l’endroit de son généreux bienfaiteur, le « Fou chantant » y étant traité de « con », voilà qui peut s’entendre. On l’aura compris, « Doux pays » est une référence à cette « Douce France », si bien chantée par Charles Trenet.

On comprendra encore que Nick Conrad voulait faire référence à la reprise de cet hymne de la France d’après-guerre par le groupe Carte de séjour, en 1986. Mais à l’époque, Rachid Taha et ses amis n’insultaient pas la France, bien au contraire : ils voulaient juste s’y faire leur petite place. C’était juste une sorte de déclaration d’amour contrarié, ce qui n’est pas exactement le cas de l’homme nous occupant ici. D’ailleurs, quant à Rachid Taha, hommage lui avait été rendu en ces colonnes.

En attendant, l’avocat Chloé Arnoux se plaint d’être harcelée au téléphone et sur les réseaux sociaux tout en se plaignant que Christophe Castaner, pourtant ministre de l’Intérieur, ne prenne pas cette affaire plus au sérieux alors qu’il n’avait pas hésité à davantage s’impliquer dans les poursuites judiciaires concernant son auguste client. On remarquera que c’est la même qui, s’indignant qu’on puisse la « menacer de viol », ne paraît pas plus outrée que la nouvelle idole des jeunes puisse proposer au pays l’ayant accueilli de « le baiser jusqu’à l’agonie ».

Eh oui, cher Maître, la proposition de viol en réunion à laquelle vos anonymes interlocuteurs vous convient fait peut-être, elle aussi, partie de cette « liberté d’expression », étendard dans lequel vous vous drapez, en pleine collection printemps-été.

Ces choses dites, le dernier titre de Nick Conrad n’est pas très bon. À côté, JoeyStarr, c’est du Michel Delpech.

À lire aussi

Roman Polanski victime de la chasse aux sorcières ?

Le metteur en scène franco-polonais qu’on sait, assez malmené par les médias depuis des dé…