« Mais allez en dictature ! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est cela, essayez la dictature et vous verrez ! » Cette manie d’en faire des caisses. Facile. Un peu facile. Trop facile.

Lorsque déclare cela, jeudi soir, dans l’avion qui le ramenait d’Israël en France, il voulait répliquer à tous ceux qui soutiennent l’idée que la France ne serait plus en démocratie. En gros : t’es pas content, mon grand, va voir ailleurs ! C’est ce qu’on dit aux grands enfants qui se plaignent que ce n’est pas bon à la maison. Les Français sont de grands enfants, gouvernés par un enfant-président, ça tombe bien. C’est, du reste, pour cela qu’il faut faire preuve de pédagogie avec eux. Bien tout leur expliquer. C’est pas toujours évident, il y a parfois des ratés : la preuve avec la réforme des retraites.

On pourrait se rebiffer en déclarant que la Macronie est un clan et que ce clan décide bien de tout ou à peu près de tout dans ce pays, dont les lois. Un clan qui représente un peu moins de 17 % du corps électoral et qui détient pourtant la majorité absolue de l’Assemblée nationale. On se souvient de cet incident minuscule, mais ô combien révélateur, en juillet 2017, lorsque tout leur semblait permis. Lors d’une discussion sur un projet de loi en commission des affaires sociales, le député FI Adrien Quatennens demande à la présidente LREM si des amendements avaient été acceptés : « Est-ce qu’il serait possible, Madame la présidente, d’avoir un état des lieux du nombre d’amendements que nous avons traités jusqu’ici ? » La présidente lui répond : « Il en reste 93 et nous en avons vu 77. » « D’accord, avec un taux d’acceptation de 0 %, c’est bien ça ? » demanda l’élu du Nord. « Bah, évidemment, vous l’imaginez… » répondit la macroniste en riant…

On pourrait aussi contester la définition de la dictature donnée par Emmanuel Macron lorsqu’il affirme que c’est « un régime où on ne change jamais les dirigeants, jamais ». Si, si, ça arrive. De temps en temps. C’est même, souvent, plutôt violent.

Et puis, lui rappeler l’Histoire. À Rome, sous la République, la dictature pouvait exister temporairement, dans des circonstances exceptionnelles. Son mandat n’était pas de cinq ans mais de six mois seulement. La République romaine compta, ainsi, soixante-seize dictateurs entre 501 et 202 av. J.-C.

Certains disent aussi que l’article 16 de notre permet, en quelque sorte, d’instaurer la dictature, au sens romain du terme. « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par les circonstances. » L’article 16 ne fut appliqué qu’une seule fois : du 23 avril au 29 septembre 1961, après le putsch des généraux d’Alger. La dictature, ça ne dure donc pas toujours.

On pourrait aussi avancer que faire voter des lois qui vont dans le sens de la restriction de la liberté d’expression – loi anti-« fake news », loi Avia -, ce n’est pas forcément aller vers plus de démocratie mais peut-être à son opposé. On parle bien de dictature de la pensée unique. N’évoquons pas la volonté du gouvernement de recourir aux ordonnances pour faire passer certains points de la réforme des retraites, qualifiés d’« éléments structurants » par le Conseil d’État.

Maintenant, si nous ne sommes pas en dictature, est-ce pour autant que notre démocratie se porte bien ? Qui est dupe, d’ailleurs, de la rhétorique un peu grossière d’Emmanuel Macron ? Vous dites que notre démocratie va mal ? En gros, vous affirmez que nous ne sommes plus en démocratie. Au fond, que nous sommes en dictature. Vous avez vu ce que c’est, la dictature, hein ? Pas de noms, mais on peut vous en donner. Oui, vraiment, Emmanuel Macron prend les Français pour de grands enfants. Au mieux.

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