La députée (ex-LREM) Agnès Thill livre, en exclusivité pour Boulevard Voltaire, sa réaction à la nomination de . Elle salue la loyauté d’, l’habileté d’ dans le choix de Jean Castex, mais confie son inquiétude pour l’avenir du pays après les municipales.

Édouard Philippe n’est plus Premier ministre. Il laisse sa place à Jean Castex, monsieur déconfinement du gouvernement. Il vient des Républicains et il était un proche de . Que pensez-vous de cette nomination ?

Tout d’abord, permettez-moi de rendre hommage au Premier ministre sortant qui a fait un travail remarquable et qui était d’une loyauté extraordinaire envers notre président. C’était vraiment quelqu’un d’appréciable, de droit, de loyal et d’honnête.
Passons à la réalité. Je suis confiante de cette nomination. Les Français connaissent moins ce nouveau Premier ministre. Il a des compétences indéniables et il est du terrain. Il est plutôt de droite sociale. Je me dis que c’est peut-être une façon de casser la droite et que notre président est décidément très malin. Il faut voir le reste du gouvernement. Le mouvement est un peu en dérive.
On l’a notamment vu avec la bioéthique, les députés sont en dérive et en roue libre.

Pour la première fois, on a mis en avant lors d’un changement de Premier ministre, le nom du directeur de cabinet, Nicolas Revel, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée comme si on voulait continuer cet « en même temps » cher à Emmanuel Macron. D’un côté, un Premier ministre de droite tendance Sarkozy et de l’autre, un directeur de cabinet de gauche proche de François Hollande. Est-ce de « l’en même temps » ?

Je pense que cet « en même temps » risquerait de conduire dans le mur. C’est un peu comme lorsqu’on dit «  ménager la chèvre et le chou ». Finalement , cela ne ménage personne et personne n’est content. La gauche va évidemment dire que ce n’est pas de gauche. Ils vont donc vers une gauche beaucoup plus extrême. Résultat, la droite ne va pas être contente. Pour pouvoir dire « on est de droite », ils vont aller vers les un peu plus extrêmes. Cette façon de faire appel fait naître les extrêmes de chaque côté. Je pense que ce « en même temps » ne peut que faire du mal et diviser encore plus la société.

La rentrée sera rude pour le nouveau gouvernement. Entre le mouvement des Gilets Jaunes qui n’est pas terminé et la récession née de la crise du Covid-19. Quel gouvernement faudrait-il pour épauler Jean Castex ?

La rentrée va être rude. Dans l’Oise, on nous annonce le chômage à + 22 %. À Toulouse, Airbus a créé quelques chômeurs et ce n’est pas fini. On rentre dans une période extrêmement difficile. Ce que je ressors des municipales, c’est une abstention. Le pays ne fait plus unité, ne se déplace plus, n’a plus de notion de collectivité et le sens d’une nation commune. Comme si des divisions étaient plus fortes que le reste et qu’on était uniquement dans l’individualisme. Il n’y a plus ce ciment de nation. Je ne pense pas que les écologistes aient été vainqueurs, mais plutôt l’abstention. Le fait que nous ne fassions plus nation et collectivité autour d’un même dessein est inquiétant. C’est le fruit d’un individualisme. C’est toujours ennuyeux lorsqu’on n’a plus un groupe, un collectif, une nation. Cela s’effrite dans tous les sens. Je ne perçois pas une victoire démesurée des écologistes. On ne sait plus vers où aller. En 2017, on est allé vers Macron. Aujourd’hui, on ne veut ni l’un ni l’autre ni des alliances et de la tambouille politicienne, alors on va vers Les Verts. En réalité, on va vers ce que l’on n’a pas testé. On vote contre au lieu de voter pour. Tout ce qui se passe est inquiétant pour l’avenir du pays.

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