« J’ai ma conscience pour moi. » nous a communiqué cette information capitale dans l’entretien récent qu’elle a donné au Figaro. J’adore ces expressions toutes faites, proférées mécaniquement, par une sorte de précaution qui vise à conserver jalousement sa conscience dans l’hypothèse peu probable où des tiers voudraient se l’approprier. Mais, pour l’ancien ministre, je comprends que cette affirmation n’est pas un réflexe mais un constat : en effet, sa conscience la soutient ; et c’est à peu près le seul soutien qu’elle ait. Face au questionnement policé de deux journalistes, Agnès Buzyn a semblé voguer dans un climat qui mettait entre parenthèses tout ce que la France avait subi ces dernières semaines. Certes, elle avait fait une cure de silence et avait travaillé en milieu hospitalier pour aider le personnel soignant.

Pour le reste qui était l’essentiel, ayant décidé de se confier enfin, elle regrettait d’avoir utilisé le mot « mascarade » et rendait hommage au gouvernement qui avait remarquablement géré la crise. Quand elle avait quitté le ministère, tout était en ordre de marche, on ne manquait de rien et Olivier Véran qui lui avait succédé était le bon choix. Je crois me rappeler, cependant, que celui-ci avait émis des réserves sur le stock de masques quand il avait dû prendre la relève d’Agnès Buzyn. Mais quelle importance, puisqu’elle avait mené durant deux ans la politique de santé qui convenait et que, d’ailleurs, le président de la République ne l’avait pas critiquée à Strasbourg mais avait souhaité seulement une inflexion plus vigoureuse. Tout le monde avait interprété autrement le verbe présidentiel, mais qui pouvait mieux qu’elle traduire la pensée du chef de l’État ?

Agnès Buzyn avait à peine hésité pour maintenir sa candidature pour les municipales mais elle avait tranché : elle avait toutes ses chances pour Paris et LREM représentait une voie nécessaire entre Anne Hidalgo et Rachida Dati. Se serait-elle retirée, on aurait admis son refus du masochisme ! Sans exagérer, le lecteur, s’attendant à des réponses d’une autre portée, est saisi pour le moins par une sorte d’étonnement. Ainsi le citoyen avait tort qui avait perçu les déclarations d’Agnès Buzyn au Monde comme un scandale et telle une grave contradiction entre ses propos et ses attitudes. Je ne sais pas si les plaintes contre elle seront suivies d’effet. On pourrait s’interroger à son sujet comme sur la multitude des réclamations qui, aujourd’hui, avant l’heure des comptes, ont été transmises à la Justice.

Je souhaite bon courage aux soutiens d’Agnès Buzyn dans la campagne municipale, mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour battre le pavé et tenter de convaincre. L’ancien ministre, parce qu’il est insulté et menacé, doit être protégé par des fonctionnaires de police et on ne peut que dénoncer cette dégradation honteuse du combat politique en relation vindicative et personnelle. Mais comment ne pas analyser la réapparition d’Agnès Buzyn dans l’espace médiatique comme une volonté de rattrapage, une compensation, un dévoiement qui ne sera pas pour rien dans l’émergence d’un contentieux futur ? Il y a quelque chose de pathétique dans cette tactique qui révèle le désir de se faire pardonner par un pouvoir qu’elle a « plombé ».

Mais qu’importe, après tout, puisque la conscience d’Agnès Buzyn la soutient !

Extrait de : Justice au Singulier

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