Ce 6 mai 2020, âgée de 92 ans, vient de mourir. Étrange paradoxe : elle connaîtra des funérailles strictement familiales, elle qui mériterait un hommage national. Discrète dans sa vie, il était écrit qu’elle demeurerait discrète jusque dans sa mort.

Et pourtant, lorsqu’elle rejoindra son mari, dans le caveau familial de ce petit cimetière de l’Essonne où – événement unique – était venu se recueillir le saint pape Jean-Paul II, c’est une foule invisible qui l’accompagnera. Non pas une foule de stars en lunettes noires, mais une cour des miracles, des visages d’éternels enfants, des éclopés de la vie dont plus personne ne veut, mais à qui elle aura consacré sa vie.

La vie de Birthe Lejeune ne peut se dissocier de celle de son mari, l’illustre professeur, découvreur de la trisomie 21, pourfendeur de la culture de mort et infatigable chercheur des traitements pour atténuer et guérir cette maladie génétique. Ils se rencontrent tout jeunes, à Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève, sur « cette colline sacrée de la Lutèce païenne ». Il est étudiant en médecine, elle tout juste arrivée du Danemark comme jeune fille au pair. À son contact, elle se convertira. Ils ne se quitteront plus. « La plus grande chance de ma vie, ce fut ma femme. Elle fut mon soutien toujours. Et parfois ma consolation. À deux, on est invincibles. » Cet hommage de Raoul Follereau, combattant catholique contre toutes les lèpres, adressé à sa femme, Jérôme Lejeune aurait pu le prononcer à l’intention de Birthe. Sans elle, sans son intelligence et sa fougue militantes, la défense des enfants trisomiques, le changement de regard sur eux, l’avancement de la recherche, la cause des oubliés de notre société seraient-ils allés si loin ?

En créant la fondation Jérôme-Lejeune à la mort de son mari, avec son gendre , elle n’a fait que poursuivre inlassablement l’aventure d’une vie, celle de son mari mais pleinement la sienne, dans le triple objectif de « chercher – soigner – défendre ». Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, le paradis, qui pour certains commence ici-bas, est pavé de petites attentions. Comme ces courriers qu’elle adressait personnellement à chacun des petits ou plus grands, accueillis, soignés, suivis, aimés par la fondation.

Et si les malades, les hôpitaux, les soignants avaient quelque chose à nous dire, en ce temps si particulier ? Et si nous faisions plus que d’applaudir à nos fenêtres, chaque soir, à 20 heures ? Et si ce soin apporté à ce qui est fragile, invisible, négligé, était le grand message de notre temps ?

Cette vie de service et de sacrifice, elle la conclura dans son dernier message par ce mot : « Nous n’abandonnerons jamais. » Puisse cette petite voix, en ce mois de Jeanne d’Arc, résonner à nos oreilles pour continuer l’œuvre commencée. Au nom de tous les siens.

À Dieu, Madame Lejeune !

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