Les conférences-meetings d'Éric Zemmour se ressemblent et ne se ressemblent pas. Le même cérémonial se répète : l'arrivée en train, la conférence de presse d'avant match, l'enthousiasme de la salle, la partie magistrale et la partie dialogue. Et puis, il y a les variations.

Variations imposées par l'étape de son tour de France. Là où Nicolas Sarkozy avait besoin de la plume de Guaino pour nous dire son amour de telle ou telle région de France, Éric Zemmour est habité par son Histoire, sa géographie et sa littérature. À Bordeaux, il a su trouver les mots pour rendre hommage au gaullisme girondin et séduire une bordelaise aujourd'hui orpheline : « Bordeaux, c’est à la fois le patriotisme élégant d’un Chaban-Delmas, la technocratie rigoureuse d’un Juppé et les charges ridicules contre les sapins de Noël. Comment vous dire ce que je pense sans être impoli : à la mairie de Bordeaux aussi, c’était mieux avant ! » Mais il fait aussi partie de ces rares journalistes capables de citer La Boétie : « “Le tyran se défait tout seul, pourvu qu’on ne consente plus à la servitude.” La servitude est volontaire, et les Français ont décidé d’être libres. »

Justement, l'étape girondine a été, pour Éric Zemmour, l'occasion de roder un programme économique libéral en s'adressant « aux artisans, aux entrepreneurs, aux chefs d’entreprise ». Il a dénoncé la fiscalité et les charges qui pèsent sur eux : « Il faut retrouver une compétitivité au niveau de nos voisins européens qui permette à nos entreprises de repartir à l’abordage du monde. […] Il faut relever le plafond du taux réduit de l’impôt sur les sociétés, pour redonner des marges de manœuvre aux TPE et PME. Il faut continuer à baisser les impôts de production. » À ce volet fiscal, il a adjoint tout un programme de simplification administrative qu'il confierait à un « haut-commissariat à la simplification administrative, directement rattaché au Président » et dont le « travail serait de revenir à un cadre clair, débarrassé des lourdeurs qui pèsent sur les ménages, sur les entreprises et sur l’État lui-même ». Il a proposé une mesure phare : « Exonérer de droits de donation la transmission d’une entreprise familiale. C’est une mesure radicale, à la hauteur de l’urgence : un dirigeant de PME et d'ETI sur trois est âgé de plus de 60 ans. »

Mais la force d'Éric Zemmour - et certainement l'une des explications de son ascension fulgurante depuis deux mois -, c'est la cohérence qu'il donne à sa vision qui « n’est pas celle de la croissance pour la croissance […] car nous ne travaillons pas uniquement pour nous […] car nous avons une civilisation à transmettre, produit millénaire du génie et du travail d’un peuple ».

La ne saurait donc se limiter à l'économie : « Les Français veulent être libres. Libres de créer, libres de travailler. Libres d’innover et libres d’inventer. Libres de combattre ceux qui nous agressent, violent et tuent. Libres de lutter contre ceux qui veulent nous faire disparaître. » En cette veille du 13 novembre, Éric Zemmour ne pouvait pas trouver meilleure justification à sa démarche, tout en chargeant François Hollande : « Hollande savait qu'il y avait des terroristes parmi les réfugiés. Le pouvoir a préféré que des Français meurent plutôt que d'empêcher des migrants d'entrer en France. […] Voilà six ans que les visages de centaines de victimes hantent nos vies. Nos ennemis pensaient avoir mis la France à genoux : ils ont vu ces journalistes trouver des excuses aux assassins, ils ont vu ces “bobos” allumer des bougies dans les rues. En réalité, ce que nos ennemis ne savaient pas, c’est qu’ils ont réveillé une France qui, de toute son Histoire, n’a jamais baissé les yeux. Une France aussi redoutable qu’implacable. »

À Bordeaux, Éric Zemmour est venu s'adresser aux orphelins du libéralisme, systématiquement trahis par la LR une fois au pouvoir.

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13 novembre 2021

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