Petites filles voilées : Laurent Nuñez s’explique… et aggrave son cas

Face aux sénateurs, le ministre de l'Intérieur a livré un mea culpa aussi maladroit qu’inquiétant.
Capture d'écran CNews
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C’était la polémique de la semaine dernière. Le 1er avril, une vidéo de Laurent Nuñez à la grande mosquée de Paris a émergé sur les réseaux sociaux. On y voyait le ministre de l’Intérieur, en déplacement à l’occasion d’un événement islamique appelé « l'iftar des ambassadeurs », prononcer un discours pour le moins étonnant. Il y affirmait qu’il ne serait pas « celui qui ira[it] expliquer à des enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre ensemble républicain ». Dans la foulée, il ajoutait qu’il pousserait « toute initiative qui puisse contribuer à mieux faire connaître l’islam ». Et de promettre au recteur de la grande mosquée : « Tu sais, mon cher Chems, combien le président de la République est attaché à développer et à mieux faire connaître l’islam. » Des propos qui ont choqué bon nombre d’observateurs et de politiques dont Marine Le Pen, qui a accusé le ministre de s’aligner sur « les positions communautaristes de l’extrême gauche ».

Un mea culpa maladroit

Interrogé, ce mercredi, au Sénat sur ces déclarations ahurissantes, Laurent Nuñez a tenté de clarifier sa position et d’éteindre la polémique. « C’est un propos maladroit, évidemment », a-t-il reconnu, concernant sa volonté déclarée de faire « la promotion de l’islam ». « Le ministre des Cultes est là pour garantir que chaque fidèle puisse exercer son culte librement, sans entrave. Et c’est ce que je voulais dire quand j’ai parlé maladroitement de promotion. Je reprends ce terme bien volontiers, c’était très maladroit de ma part. »

Le ministre est également revenu sur sa défense du voilement des petites filles, se voulant rassurant. « Évidemment qu’à titre personnel, je suis opposé à ce que des enfants de 6 ou 7 ans portent le voile, a-t-il assuré. Évidemment, il n’y a aucun libre arbitre. Évidemment que j’y suis opposé, je vous le redis. Soyez sans crainte… » Laurent Nuñez serait donc « opposé » au voilement des mineures, mais ne souhaiterait pas l’interdire pour autant ? Une position pusillanime qu’il justifie de la manière suivante : « Il faut qu’on suscite aussi l’adhésion de nos compatriotes de confession musulmane, sinon on les perd... C’est dans ce cadre que j’ai parlé du voilement des jeunes filles mineures. » Voilà qui est plus clair, en effet. Et presque plus inquiétant...

Entre compromission et incompétence

En 1989, la gauche n’avait pas voulu interdire le voile à l’école de peur de nuire à l’éducation des petites musulmanes. « L’école ne peut exclure car elle est faite pour accueillir », nous disait-on alors. Aujourd’hui, elle refuse d’interdire le voilement des mineures dans l’espace public au nom d’une trop fragile « adhésion de nos compatriotes de confession musulmane ». Jusqu’où faudra-t-il aller pour éviter la guerre civile ? Devant quelle autre revendication devra-t-on se coucher au nom d’un vivre ensemble qui n’a jamais réellement existé ? Déjà, nos rares interdictions – sur le voile intégral ou l’abaya – sont quotidiennement bafouées dans le pays.

Mais « soyez sans crainte », comme dit Laurent Nuñez : le ministère de l’Intérieur veille au grain et est pleinement mobilisé pour neutraliser toute offensive islamiste. « Ça, c’est mon combat !, a martelé le locataire de la place Beauvau, mercredi, face aux sénateurs. Ma fermeté est absolue là-dessus. D’ailleurs, je viens quand même d’interdire les Frères musulmans… enfin… les "Musulmans de France" au Bourget ! » Un franc succès : cette interdiction du grand rassemblement islamique prévu le 3 avril dernier a été immédiatement cassée par le tribunal administratif qui a estimé que les « éléments versés au dossier » par la préfecture étaient insuffisants pour justifier une telle mesure. Bravo, M. Nuñez, et merci !

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Pour faire simple, le centre et la gauche votent pour l’immigration, donc l’islam, donc la charia. Ceci en favorisant un terrain vierge, dénué de culture, d’histoire et de religion chrétienne….on verra dans quelques dizaines d’années où en seront leurs droits!

  2. A Auchan Celleneuve l’été dernier, je signale aux employés une femme en burqua noire (seul les yeux visibles), gantée, accompagnée d’un homme en short-claquettes qui déambule dans les rayons. J’indique que c’est interdit. Il m’a été répondu que je n’avais qu’à le leur dire… Avec des politiques aussi veules le match est plié, l’islam va continuer de modifier notre mode de vie.

  3.  » Il faut qu’on suscite aussi l’adhésion de nos compatriotes de confession musulmane, sinon on les perd… » Il faut qu’on suscite aussi l’adhésion de nos électeurs de confession musulmane, sinon on les perd…

    • @Loubiarnès : un jour le peuple va comprendre que si il ne se prend pas par la main pour mettre de l’ordre dans la bergerie rien ne se fera. Et ce jour là bonjour les éclaboussures.

  4. C’est drôle d’entendre le terme « propos maladroit » quand on sait comment un discours peut être préparé, ciselé, lu et relu pour qu’aucun mot ne vienne choquer l’hôte du jour. Donc il n’y avait rien de maladroit mais plutôt tout d’intentionnel dans ses propos.
    Le « maladroit » est juste pour les fachos qui s’en offusquent. On nous prend vraiment pour des c… !

  5. Taubira-Moretti-Nunez, c’est tout ce que le CHEF ! » a sorti de son chapeau pour protéger la France et sa culture !
    La faute en incombe également ce peuple de veaux, toujours prompt à défendre l’indéfendable, l’assistanat constitutionnel !

  6. Je rame à contre-courant. La guerre du voile est déjà perdue. Il fallait la déclarer dès le départ, il faut maintenant l’assumer. Les interdictions seront bravées, et multipliées.
    Quant à Nuñez, il n’était pas préparé à devenir la voix de son maitre.

    • @Lery : comparaison incertaine car si vous touchez une moule entrouverte elle se referme ou alors si elle ne se referme pas c’est qu’elle n’est plus comestible…

    • Eh non, il n’a pas viré de bord, il est juste le porte-voix de son maître, le champion de l’ambiguïté.

  7. Comme toute la macronie, Nunez joue avec l’ambiguïté qui la caractérise. S’il n’est pas contre le voile des fillettes, on peut considérer dès lors que son penchant, lui, s’est dévoilé.

    • Vous n’avez rien compris ! Il n’est pas pour, mais il n’est pas contre . Tout le monde joue
      à ce petit jeu quand on veut gouverner et être réélu …

Commentaires fermés.

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