La nostalgie, le mal de l’année 2026 ?

La mort de BB n’a sans doute pas aidé ceux qui regardaient déjà avec regret dans leur rétroviseur...
bardot

2026 sera-t-elle l’année du « c’était mieux avant » ? Ce n’est pas impossible, et c’est en tout cas ce que laisse penser la une du dernier magazine Marianne de l’année 2025. Il n’était pas le seul à miser sur la nostalgie : Courrier international aussi terminait son année en se demandant : « Pourquoi sommes-nous devenus si nostalgiques ? » Un regard tourné avec regret vers le passé pour commencer l’année, on aura connu auspice plus favorable !

La France, record de la nostalgie

S’il y a une idée qui semble avoir très mal vieilli, c’est bien celle que l’histoire de l’humanité conduirait forcément vers le progrès. L'impression, comme l'explique Jean-Pierre Le Goff à Marianne, que « la modernité semblait alors inséparable de l’idée même de progrès et d’une marche émancipatrice de l’Histoire ». Désenchantement, réalisme, désillusion ? En tout cas, le « c’était mieux avant » pourrait bien s’installer durablement. La mort de BB entre Noël et le Nouvel An n’a d’ailleurs sans doute pas aidé, en France, ceux qui regardaient déjà avec regret dans leur rétroviseur la liberté et l’insouciance qu’ont connues leurs parents et leurs grands-parents. Ce que montre Courrier international dans son dossier spécial nostalgie, c’est que partout « une vague de nostalgie déferle » et quand on fait une revue de la presse étrangère, le constat est simple : la nostalgie est devenue une stratégie d’évitement, un refuge. Avec un sondage Ipsos mené auprès de 23.772 adultes âgés de moins de 75 ans dans trente pays différents, le média analyse que « dans trente pays sur trente, les répondants pensent qu’on était plus heureux en 1975 qu’aujourd’hui dans leur pays ». Savez-vous quel est le pays qui détient le record ? La France, avec 70 % des votants ! Il n’est alors pas étonnant que Marianne titre sa une : « Rendez-nous la France d’avant ! »

Génération désenchantée

Si le sentiment nostalgique est largement partagé (même par les jeunes, d’ailleurs, qui regrettent souvent une époque qu’ils n’ont pas connue), il n’est pas le même pour tous. Interrogé par Marianne, le sociologue Jean-Pierre Le Goff explique que notre époque « apparaît comme l’image inversée des Trente Glorieuses », que si les générations qui l'ont précédée pouvaient « vivre dans une relative insouciance », la jeunesse actuelle ne peut pas dire la même chose. D’ailleurs, c’est aussi ce désenchantement que décrivait le sondage Ipsos sur les fractures françaises sorti en octobre dernier : « En 2025, les Français affichent un niveau de pessimisme inédit face à la situation politique et sociale du pays. » Tout simplement, « 90 % des Français pensent que le pays est en déclin » et « près de quatre Français sur dix estiment que les générations précédentes ont bénéficié de meilleures conditions d’existence que les jeunes actuels », rapporte l’organisme de sondage. Comment en est-on arrivé là ? Une dégringolade politique, économique, sociale, la perte de confiance dans les politiques, la perte des repères, la perte de tout ce qui faisait cette France d’avant où tout espoir semblait permis. Pourtant, les deux magazines qui ont choisi de faire de la nostalgie la vitrine de leur média cherchent à convaincre le lecteur que la nostalgie n’est pas innocente, parfois elle n’est même pas légitime, et ils alertent sur cette idée fantasmée d’un passé idéal.

Méfiez-vous de la nostalgie politique

Méfiez-vous, en effet, la nostalgie est une stratégie politique, peut-être même une horrible manipulation de l’ultra-droite ! Enfin, c’est ce que l’on comprend en lisant l’encart de Courrier international qui revient sur un livre, non paru en France, Nostalgia: A History of a Dangerous Emotion, d'Agnes Arnold-Forster, analysé par une radio allemande : « La nostalgie est une émotion politiquement dangereuse » utilisée par, en vrac, « Brexiters, trumpistes, poutinistes » ; en bref, « son instrumentalisation en dit long sur l’état de la société ». En France, aussi, le sentiment de nostalgie n’a pas les faveurs de la gauche : un article de la revue Sciences humaines s’est même employé à le délégitimer. La revue explique d’abord que l’adage « c’était mieux avant » « est devenu un cri de ralliement politique » utilisé par la droite, notamment par Éric Zemmour, et, ensuite, que les nostalgiques ont un biais qui tient du paradoxe de Tocqueville : « Moins une société devient violente, par exemple, plus les violences qui subsistent risquent de lui paraître insupportables ». En clair, interdit de se plaindre : vous êtes tout simplement trop gâtés !

Vos commentaires

44 commentaires

  1. C’est vrai qu’il faut se tourner vers l’avenir car Johnny, Bebel, Delon et maintenant BB cela fait beaucoup en moins.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois