5 avril 1693 : ainsi disparaît la Grande Mademoiselle, entre faste et solitude
Le 5 avril 1693 s’éteint, au palais du Luxembourg à Paris, à l’âge de 65 ans, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, cousine du Roi-Soleil, mieux connue sous le surnom de la Grande Mademoiselle. Cette forte personnalité du Grand Siècle laisse alors derrière elle un destin autrefois promis à la grandeur et à la fortune, mais, dans les faits, profondément marqué par des ambitions contrariées et des passions illusoires.
Une beauté princière
Née le 29 mai 1627 au palais du Louvre, Anne-Marie-Louise est la fille unique du remuant Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier. Dès sa naissance, la petite fille est alors destinée à devenir l’un des plus grands partis du royaume de France. En effet, par son père, elle appartient à la famille royale, et par sa mère, elle est l’héritière de l’une des plus riches fortunes d’Europe. Anne-Marie-Louise est également détentrice d’une arme redoutable, pour une femme de son époque : une grande beauté. On la représente avec une peau très claire, des yeux sombres et calmes, des lèvres fines, des cheveux légèrement blonds et délicatement bouclés. Elle est aussi dotée d’un caractère bien trempé : elle sait ce qu’elle veut.
Recevant une éducation digne de son rang de princesse, Anne-Marie-Louise voit aussi son avenir dicté par des intrigues matrimoniales. Ainsi, malgré une différence d’âge de onze ans, on lui fait miroiter un mariage avec son cousin, le jeune Louis XIV, qui l’aurait conduite au trône de l’un des royaumes les plus puissants d’Europe. Cependant, ce beau projet échoue face à la ferme opposition du cardinal de Richelieu puis de Mazarin.
Une frondeuse disgraciée
Entre 1648 et 1653, la France est secouée par la Fronde. Celle-ci commence par une révolte parlementaire avant de gagner l’aristocratie. Gaston d’Orléans, ambitieux prince du sang, participe alors à ce soulèvement dans l’espoir d’affaiblir le pouvoir de son rival, Mazarin. Fidèle à son père et à son propre tempérament, la Grande Mademoiselle s’engage alors dans le conflit. En juillet 1652, elle commet alors l’une des plus grandes erreurs de sa vie en donnant l’ordre de faire tirer les canons de la Bastille sur les troupes royales afin de sauver le prince de Condé, avec lequel elle espère un mariage. Cet acte délibéré de rébellion contre le trône lui vaut d’être disgraciée et exilée sur ses terres de Saint-Fargeau, en Bourgogne.
Loin de la cour, la Grande Mademoiselle voit nombre de ses ambitions réduites à néant. Néanmoins, elle parvient à égayer son quotidien et découvre certains talents, dont Lully, qu’elle ramène avec elle à Versailles en 1657, lors de son retour en grâce. Anne d’Autriche la présente alors à son fils avec les mots suivants : « Sire, voici une demoiselle qui est bien fâchée d’avoir été méchante. Elle sera bien sage à l’avenir. »
L’illusion de l’amour
En 1670, elle rencontre Antoine Nompar de Caumont, duc de Lauzun, un courtisan ambitieux et désargenté qui n’hésite pas à faire la cour à la Grande Mademoiselle, malgré leur différence de rang. Anne-Marie-Louise se montre réceptive à cette parade, au point de demander à son royal cousin l’autorisation d’obtenir « la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie », comme le décrit Madame de Sévigné, c’est-à-dire le droit d’épouser Lauzun.
Louis XIV est hésitant. Il consent dans un premier temps, puis se ravise et s’oppose violemment au projet. En effet, il comprend que le duc est davantage attiré par la fortune de sa cousine que par son cœur. Cette dernière, aveuglée par l’amour, n’entend rien à ce refus et, dit-on, se serait mariée en secret avec son amant dans les années 1680. Quoi qu’il en soit, l’idylle tourne court : Lauzun, homme volage, se lasse vite d’elle. Cet amour raté laisse alors la princesse déçue et seule, malgré une fortune prodigieuse. En effet, riche au-delà de toute mesure, la Grande Mademoiselle suscite bien des jalousies et critiques parmi les membres de la Cour.
Dans ses dernières années, elle se retire dans la méditation, la dévotion et la rédaction de ses Mémoires, qui demeurent aujourd’hui un témoignage précieux sur la vie du Grand Siècle. Sans enfants, elle désigne comme héritier le duc du Maine, le fils naturel et légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan. Le 5 avril 1693, la Grande Mademoiselle s’éteint au palais du Luxembourg. Princesse du sang, elle est inhumée dans la basilique de Saint-Denis, avant que son corps ne soit profané pendant la Révolution française.
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3 commentaires
Ces liaisons amoureuses nuisibles quand au patrimoine génétique entre cousins et cousines ont ravagé le sang de la noblesse !
Resume quasi exhaustif mais faux sur un point important : elle n’etait justement pas belle et avait herite des traits de son pere .Son portrait le plus celebre la represente en plastron de cuir a la romaine qu’elle aimait arborer lorsqu’elle chargea a la tete de ses troupes … Bref , plus que sa participation a la fronde , c’est son allure de garcon manque et son comportement de virago qui fut cause de son manque de succes aupres des hommes de son epoque .
merci pour cet article , la biographie d’Anne Marie Louise d’Orléans – dite la demoiselle , cousine du roi Louis XIV , une découverte pour moi – une figure de l’histoire de France , passionnant