Editoriaux - Le débat - Politique - Supplément - 11 février 2018

Les 35 heures, entre mythe et réalité

Les experts se déchirent sur les 35 heures. Pour ses opposants, elles n’ont créé aucun emploi, alors que, pour ses partisans, les entreprises ont embauché, grâce au dispositif, 400.000 personnes. Mais, même si ce dernier bilan est juste, il constitue un aveu d’échec. Il aurait fallu, en effet, qu’un million de nouveaux postes aient été pourvus pour que les 35 h soient une réussite. Même désaccord sur les conséquences de la mesure : les anti-35 h les accusent d’avoir provoqué le décrochage économique catastrophique que nous connaissons depuis 2000. Pour les pro-35 h, notre naufrage (commun à l’Espagne et à l’Italie) tient surtout à l’agressivité commerciale chinoise et aux réformes drastiques de l’Allemagne qui a enrayé son déclin (mais à quel prix social ?). Quant à la progression indéniable de la productivité du travailleur français depuis vingt ans, les partisans des 35 h l’attribuent à la réduction du temps de travail, tandis que les opposants affirment qu’elle aurait eu lieu de toute façon.

La réalité se situe entre les deux thèses. Des raisons autres que les 35 h ont joué pour expliquer notre repli économique, mais la diminution du temps de travail a aggravé nos problèmes. Elle a coûté cher, car elle s’est accompagnée d’une réduction massive des charges sociales, d’abord accordée uniquement aux entreprises qui créaient de nouveaux emplois puis, avec le retour de la droite au pouvoir, distribuée d’une manière automatique qui n’avait plus rien à voir avec les 35 h. Ces dépenses colossales expliquent que nous flirtions toujours avec les 3 % de déficit, mais il est impossible de revenir sur ce mécanisme, sauf à mettre en péril notre économie car, grâce à lui, nous restons compétitifs face aux pays de l’Est.

Néanmoins, les experts de tous bords se retrouvent sur deux points : avec l’adoption du forfait jour, les cadres ont fourni la même charge de travail avec un temps de présence réduit de 10 %. Cette adaptation, qui ne s’est pas faite sans mal, a été source de stress et de burn out. De même, la gestion des 35 h a été catastrophique à l’hôpital et dans la fonction publique (hors l’enseignement) et l’onde de choc n’est toujours pas absorbée vingt ans après. On n’a pas recruté suffisamment (mais le pouvait-on, au vu de notre déficit ?) et, pour éviter qu’on ne manque de policiers et d’infirmières, on a remplacé la diminution du temps de travail par des jours de vacances supplémentaires que le personnel est incapable de prendre. Le résultat est absolument désastreux.

En fait, les 35 h son, depuis longtemps, démantelées et il ne reste pas grand-chose de l’esprit qui a présidé à leur naissance. Actuellement, dans le privé, elles se réduisent à un seuil de déclenchement des heures supplémentaires et le temps de travail par employé est semblable, désormais, à ceux des autres pays européens. Revenir aux 39 h reviendrait à diminuer les salaires de 10 % en moyenne : impensable, politiquement et socialement. Aussi devrait-on arrêter de parler des 35 h. Le débat est clos depuis longtemps !

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