2020 n’aura pas été une année folichonne. Le moins qu’on puisse dire. 2021 s’annonce mieux. Enfin, moins pire. Si l’on en croit . Il ne l’a pas dit comme ça mais, dans cette conférence de presse de jeudi qui restera sans doute dans les annales de notre histoire contemporaine, il nous a annoncé que 2021 serait « l’année de la gastronomie française ». C’est comme dans Astérix : toute aventure se termine par un grand festin dans le village gaulois. Il l’a annoncé, il n’y a donc plus qu’à pondre le décret. C’est comme ça que ça marche, en France, on l’a vu pour les sapins.

Donc, 2021, en somme, année du grand restaurant. Ou de la grande bouffe, si on veut faire moins classe. Une sorte de séminaire gastronomique à l’échelle nationale. Le Premier ministre va même désigner quelqu’un. « Une personnalité qualifiée pour préparer ce grand chantier en lien étroit avec les professionnels. » C’est dire si l’affaire est prise au sérieux. « En lien étroit avec les professionnels » : si c’est comme avec les évêques pour l’ouverture des églises… Rien qu’à l’annonce de cette décision, les restaurateurs et cafetiers qui doivent rester fermés, au moins jusqu’au 20 janvier, vont déjà beaucoup mieux, c’est évident. Le spectre de la faillite s’éloigne tout d’un coup.

Reste, maintenant, à trouver cette personnalité qualifiée. Faudra pas se planter, sur ce coup-là. On pense tout de suite à la désignation d’un grand chef étoilé. La France n’en manque pas. Mais la jurisprudence Notre-Dame de Paris, avec la désignation d’un général cinq étoiles pour coordonner la restauration de la cathédrale, nous montre qu’on n’est pas obligé de prendre un restaurateur pour ce nouveau chantier. On va quand même pas prendre, encore, un général ? Il est vrai, comme affirmait le caporal Casse-pompons de Brel, qu’« à la minceur des épluchures, on voit la grandeur des nations ». Non, mais pourquoi pas regarder aussi du côté du client qui, comme chacun sait, est roi ? Un habitué de la cantine du Sénat, par exemple. Mais on peut faire plus médiatique, aussi. Tiens, un acteur comme Gérard Depardieu qui y connaît un rayon sur le sujet.

Bien sûr, il va falloir aussi se pencher rapidement sur le titre qu’on pourra donner à cette personnalité qualifiée. Haut-commissaire à la gastronomie française en jetterait. On a déjà Bayrou au Plan. Ce serait l’occasion d’entamer une collection. Viendra, aussi, la question épineuse du rattachement. À quel ministre rattacher l’impétrant ? Il y va de sa susceptibilité comme de celle des ministres. La question peut être résolue en créant une commission indépendante. Mais là, on bute sur un nouveau problème : qui désigner à la tête de cette commission ? C’est l’histoire du couvercle de « La Vache qui rit »… Roselyne Bachelot, fine mouche qui aime bien rire aussi, pourrait d’emblée revendiquer la tutelle de ce haut-commissariat à la Gastronomie française. Après tout, notre gastronomie fait partie de notre patrimoine. Bruno Le Maire, qui a défendu le bout de gras des petits commerces, pourrait, lui aussi, se pousser du coude qu’il ne met jamais sur la table. L’affaire étant hautement interministérielle, le rattachement à Matignon tient cependant la corde. Mais il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui les portent. Alors, en toute logique, celui de la cuisine serait bien, non pas à Matignon, mais à l’Elysée. Carrément. Le message serait très fort. Avec la gastronomie, ne sommes-nous pas au cœur du régalien ?

Reste une question, tout de même : en 2021, aurons-nous encore des restaurateurs, des cafetiers et des clients qui auront les moyens d’aller au restaurant ? Bien sûr ! Il suffit de le décréter.

27 novembre 2020

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