Alors que la droite officielle proteste contre la commémoration des 150 ans de la Commune de Paris, une certaine gauche libérale bien-pensante y voit, en glorifiant l’événement, une occasion pour redorer son image de marque « populaire » et de réaffirmer son monopole sur la lutte sociale et l’insurrection parisienne. Au-delà de cet enjeu mémoriel conflictuel et la puissance symbolique de cette événement sujet à de fortes récupérations idéologiques, il convient de voir dans cette parenthèse , sociale et économique de 1871 un événement à la fois anticipateur et correcteur.

Deux éléments explicatifs soulignent la signification nationale et populaire de cette insurrection, au-delà des clivages de droite et gauche : les causes profondes de l’insurrection et le contexte historique de l’humiliation nationale consécutive à la défaite française de 1871 face aux Prussiens. Ainsi, même si Paris constituait une véritable poudrière avec une population politisée sous l’influence la gauche radicale, de l’anarchisme et du révolutionnaire sorelien, il ne faut pas oublier que c’est l’extrême pauvreté de la classe ouvrière et la famine, la ghettoïsation des quartiers populaires par les transformations haussmaniennes qui constitueront les ressorts profonds du soulèvement.

L’autre cause immédiate qui jouera le rôle de déclencheur est la capitulation de l’empereur III, encerclé par les Prussiens à Sedan, le 2 septembre 1870, perçue par la population parisienne comme une profonde humiliation et un coup de poignard dans le dos des Versaillais. Il ne faut pas oublier que, dès le 4 septembre, à Paris, la République est proclamée et un gouvernement de la Défense nationale est formé, lequel promet de continuer la lutte malgré le siège de l’ prussienne que subit Paris à compter du 19 septembre. Néanmoins, les Parisiens s’estimeront trompés en apprenant que, depuis des semaines, le gouvernement de la Défense nationale avait engagé des pourparlers avec Otto von Bismarck, le chancelier allemand, pour parvenir à un cessez-le-feu qui sera finalement signé le 28 janvier 1871.

Après des hâtives et tronquées, qui portent au pouvoir une Assemblée majoritairement conservatrice et monarchiste, puis l’installation d’Adolphe Thiers à , le fossé se creuse entre le « pays légal » versaillais réactionnaire, obéissant aux mots d’ordre de la bourgeoisie financière, et le « pays réel » de la Commune. Evénement correcteur à valeur dystopique, la Commune joue un rôle de miroir déformant en rendant compte de la bêtise d’une droite réactionnaire, ralliée au camp de l’« étranger » et de l’ordre bourgeois, et l’abstraction internationaliste d’une gauche aveuglée par les dogmes marxistes.

Mais elle a aussi une dimension anticipatrice et axiologique, puisqu’elle met en exergue les contours de ce que la droite authentique devrait être en tant que modèle, à la fois nationale, révolutionnaire et populaire, et ce vers quoi la gauche nationale et populaire devrait tendre en s’émancipant de son discours internationaliste et droit-de-l’hommiste. C’est en effet dans ce sens que la Commune fut l’incubateur et le point de convergence entre une droite véritablement nationale-populaire et une gauche nationale révolutionnaire, unie dans leur lutte antibourgeoise contre l’« étranger » et pour la sociale. C’est, aussi, qu’en ce sens, la Commune transcende le clivage droite-gauche classique et fut un laboratoire d’idées hétérogènes : socialisme, jacobinisme, blanquisme, proudhonisme, jusqu’à l’anarchisme et le nationalisme d’un Édouard Drumont. Mais aussi fédérateur : les expériences communalistes et autogestionnaires pouvant appartenir à une tradition politique de gauche comme de droite.

Cela explique aussi que le contexte historique et spécifique permet la rencontre atypique entre un Auguste Blanqui, socialiste insurgé pour qui le bourgeois anticommunard constituait « le Prussien de l’intérieur », et un Louis Rossel, jeune officier supérieur, républicain et patriote qui, refusant la défaite face à l’Allemagne en 1870, se rallie à la Commune.

17 avril 2021

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