Entretien - Lutte contre le terrorisme

Nicolas Dupont-Aignan : « Si les terroristes islamistes sentent que la France est impitoyable, ils s’arrêteront »

Nicolas Dupont-Aignan a fait part de son mécontentement devant les commémorations du 13 novembre. Il s’en explique au micro de Boulevard Voltaire.

Vous avez fait part de votre mécontentement devant les commémorations du 13 novembre. Pourquoi ?

J’en ai assez des commémorations qui visent simplement à masquer l’impuissance publique.
Le meilleur hommage qu’on puisse rendre aujourd’hui aux victimes est de prendre les mesures qui s’imposent pour qu’il n’y ait plus de nouvel attentat.
À ce titre, il y a plusieurs défis.
Comment empêcher les djihadistes de revenir en France ? Ce n’est pas fait !
Comment donner des moyens à nos forces armées ? Ce n’est pas fait !
Comment faire en sorte que nos prisons ne soient pas gangrenées par l’islamisme ? Ce n’est pas fait !
Comment revoir le fonctionnement judiciaire ?
Je veux bien qu’il y ait des commémorations. C’est normal. Je comprends l’émotion des familles et des Français. Mais je ne veux pas de commémorations pour tout mettre sous le tapis et ne pas prendre les mesures qui protègent les Français.

En d’autres termes, selon vous, pas grand-chose n’a été fait depuis deux ans ?

Attention! Des choses ont été faites, et heureusement, et notamment l’état d’urgence que j’avais proposé et qui a malheureusement été levé par ce gouvernement.
Il ne faut pas nier ce qui a été fait. Il ne faut pas, non plus, nier l’implication des services de renseignement qui ont déjoué des attentats.
Je ne suis pas là pour polémiquer. Je suis là pour dire, en revanche, que tout n’a pas été fait. Il y a une marge de progression considérable pour mieux protéger les Français.
Les gouvernements agissent souvent trop peu et trop tard.
Je ne voudrais pas qu’il y ait un nouvel attentat et qu’on se dise : « On aurait dû mettre en place ce qui a été demandé. »
Il faut construire le plus rapidement possible les 40.000 places de prison en reprenant des casernes désaffectées pour éloigner, notamment, les djihadistes, revoir le Code de procédure pénale, créer une Haute Cour de justice pour qu’on n’ait plus la palinodie et le spectacle lamentable du procès du frère Merah. Nous sommes comme anesthésiés.
Je remarque qu’en ce jour de deuil et de cérémonie, nous n’avons pas entendu de voix différentes à la télévision.

Ce qui préoccupe les Français, c’est le retour des djihadistes. Que préconisez-vous contre eux ?

Ceux ayant une double nationalité doivent être déchus de la nationalité. Ils doivent partir dans le pays de leur autre nationalité.
Ceux qui sont étrangers ne doivent pas remettre les pieds en France.
Et ceux qui sont français doivent soit rester là-bas, soit être en prison en vertu de l’article du Code pénal qui punit de trente ans de prison toute personne coupable d’intelligence avec l’ennemi.
Cet article du Code pénal n’est pas appliqué par notre Justice pour ceux qui sont en prison.
Je n’accepte pas et je dénonce solennellement la position du président de la République qui parle au « cas par cas ». Cela veut dire que des personnes qui sont allées égorger et tuer là-bas et qui ont combattu nos soldats reviennent et sont en liberté dans notre pays.
Il y en a 130 aujourd’hui, d’après les chiffres du ministre de l’Intérieur.
J’entends parler de cellules de radicalisation. On croit rêver! Ce sont des gens qui reviennent pour nous tuer.
J’avais proposé, pour ceux qui sont condamnés, les îles Kerguelen en créant une prison là-bas. Cela est tout à fait possible.
J’avais proposé que toutes personnes soient incarcérées. C’est vital et ce n’est pas le cas !

Le grand public s’est ému de la peine, trop légère d’après l’opinion, infligée à Abdelkader Merah. Selon vous, la Justice a-t-elle été à la hauteur ?

L’avocat général avait requis des peines beaucoup plus sévères.
Étonnamment, les juges n’ont pas retenu la complicité. Pourtant, ils l’ont condamné. Quelque chose ne tourne pas rond.
C’est la raison pour laquelle je pense qu’il est important qu’une Haute Cour de justice différente, une Cour de sûreté de la nation serait plus efficace.
Il ne s’agit pas de m’immiscer dans le processus judiciaire, mais de voir que notre Justice est paralysée à la fois dans ses verdicts et dans son organisation.
Notre Justice n’arrive pas à traiter tous les cas de ceux qui reviennent. Le contrôle judiciaire pour ceux en liberté est totalement inefficace. Ce sont des bombes volantes qui reviennent sur notre sol.
Le « au cas par cas » est indigne d’un président de la République.
On peut mettre de petites bougies partout, mais cela ne va pas nous rendre les victimes.
Je pense qu’on s’apitoie sur les djihadistes, sur leurs enfants, sur leurs compagnes, mais on oublie les victimes. Or, elles ne peuvent pas parler. Notre rôle d’hommes politiques est de parler pour elles et pour leurs familles.
Il faut que les djihadistes sachent que la France sera sans pitié. C’est cela, être un homme d’État. On n’est pas là pour faire de la sensiblerie. Il faut les empêcher de rentrer et, quand ils rentrent, les mettre en prison.

Vous disiez, dans nos colonnes, que la France était en train de disparaître. Selon vous, est-ce le terrorisme islamiste qui en est responsable ?

Le terrorisme islamiste est en train de terroriser nos dirigeants.
Je reprends la phrase magnifique de Charles Pasqua : « Il faut terroriser les terroristes. »
Il avait tout compris !
Ils ont bien compris que la société française et les dirigeants français étaient faibles.
Ces gens-là vont vers la faiblesse. S’ils sentent que la France est faible, ils continueront. S’ils sentent que la France est impitoyable, ils s’arrêteront.
Malheureusement, c’est toute l’histoire de l’humanité. Notre rôle d’hommes politiques n’est pas de faire de la démagogie compassionnelle, mais de prendre nos responsabilités.
Je regrette que le président de la République ne prenne pas ses responsabilités.

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