Editoriaux - Internet - Médias - Politique - Religion - Table - 1 juillet 2017

Simone Veil : ni la canoniser, ni la conspuer…

La République est bel et bien une religion laïque avec ses rites, ses dogmes, ses lieux sacrés et ses nombreux saints. Lorsque l’un(e) d’eux trépasse, la France entière est sommée de communier au péan funèbre qu’entonnent à l’unisson médias, politiques et intellectuels. Cette surenchère émotionnelle peut durer d’un jour à une semaine, selon l’importance du personnage. Ensuite, chacun reprend sa vie terre à terre comme avant.

Le décès de Simone Veil à l’âge canonique de 89 ans a immanquablement donné lieu aux récupérations éhontées auxquelles on pouvait s’attendre d’un gouvernement de communicants qui cherchent à tout prix à se légitimer. C’est ainsi que l’inénarrable Marlène Schiappa veut se placer comme l’héritière politique du ministre giscardien. « Le droit à l’IVG, acquis de haute lutte, est en danger », ânonne-t-elle, alors même qu’on songe à interdire les sites Internet opposés à l’avortement.

Quant aux médias, c’est un véritable santo subito laïque qu’ils déversent, à grands renforts de reportages hagiographiques et de témoignages pleins de trémolos. « Le fait d’interviewer ou même de croiser une personnalité comme Simon Veil, est-ce que ça marque ? », demande un présentateur de BFM TV à son confrère Maurice Szafran, dont le regard s’illumine. Car, figurez-vous qu’à l’instar des empereurs romains, les saints de la République ont cette « aura » (mot entendu sur ladite chaîne) dont ils imprègnent non seulement leurs interlocuteurs mais jusqu’à ceux qui les aperçoivent de loin. De là à parler de thaumaturgie et d’ascendance divine, il n’y a qu’un pas.

Gare aux impertinents, donc. C’est sur un bûcher médiatique qu’ils peuvent finir, tel un chevalier de La Barre des temps modernes. On ne badine pas avec le sacré, surtout dans une république laïque. Mais toute religion a ses hérétiques et ses apostats. Nombreux sont ceux qui vouent une haine inextinguible à la défunte Mme Veil, quitte à se réjouir ouvertement de sa mort ou à faire des blagues de (très) mauvais goût sur son passé de déportée. Ces derniers ne semblent pas réaliser qu’ils tombent dans le piège du totalitarisme sentimental auquel ils prétendent échapper en refusant la communion républicaine de la tristesse obligatoire. On ne combat pas la surenchère par une surenchère inverse. D’où la nécessité (j’emprunte ces mots à Virginie Vota) « de refuser le sentimentalisme et de nous reconstituer un cerveau complet ».

Entre une apocoloquintose qui frôle le ridicule et une damnatio memoriae caricaturale, on peut dire que la raison est bel et bien partie en vacances en ce début d’été. Loin de ceux qui vomissent la mémoire d’une défunte comme de ceux qui veulent s’immoler pour la rejoindre dans l’Orient éternel des saints de la République.

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