Editoriaux - Politique - 8 septembre 2018

Pourquoi la droite sociale ?

Historiquement, la seule vraie droite – légitimiste et contre-révolutionnaire – était associée à une pensée et à des luttes sociales en rupture avec le capitalisme libéral. On l’oublie un peu vite, tant la gauche les a monopolisées (même si, depuis 1983, le Parti socialiste a rallié les valeurs marchandes). Quant à la droite, elle a aussi sa part de responsabilité dans sa défense du libéralisme bourgeois qui va de pair avec sa vacuité sociale.

Pour autant, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan – classé à droite de l’échiquier politique – ne sont pas libéraux. Leur gaullisme social respectif n’équivaut pas à défendre un socialisme national, mais demeure respectueux du modèle social français que gauche et droite libérale veulent démanteler. Néanmoins, Marine Le Pen est-elle suivie par les cadres du Rassemblement national qu’elle préside ? Rien n’est moins sûr. Aliot, Collard, Saint-Just – sans évoquer Marion Maréchal – campent sur une ligne sociale-libérale qui représente le cache-sexe d’un libéralisme hybride. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il est très difficile de savoir s’il fait des émules au sein de Debout la France dont il est le président. Les membres de son parti ne sont guère connus, voire fantomatiques.

Qu’elles soient traditionaliste ou souverainiste, les droites intellectuelle et de gouvernement s’entendent pour fustiger les ravages de l’économisme usuraire et soutenir un protectionnisme solidaire. Mais quelles sont les sources de cet antilibéralisme social de droite ? Il faut poser la question et y répondre, tant la droite libérale-conservatrice et la droite libérale-oligarchique sont aux antipodes de la doctrine sociale de l’Église comme du solidarisme politique et économique.

René de la Tour du Pin, Charles Péguy, Maurice Barrès, Charles Maurras, le premier Thierry Maulnier, Robert Aron, Denis de Rougemont, Robert Poulet, Paul Sérant, Gustave Thibon, etc., sont quelques-uns des penseurs sociaux de droite. Léon Daudet, Georges Bernanos, Robert Brasillach, Pierre Drieu La Rochelle, Pierre Gripari, Jean Cau représentent, eux, quelques-uns des écrivains hostiles au libéralisme et soucieux de la question sociale. Plus près de nous, le catholique traditionaliste Thomas Molnar a pu écrire : « Société civile : L’idéologie libérale était le moyen rêvé pour la faire sortir de son état latent, de l’ombre de l’histoire, parce que le libéralisme justifie les appétits humains, liés aux intérêts matériels – contre la discipline des vertus, fondement social de l’Église et de l’État » (L’Hégémonie libérale). Dans un genre différent, le père de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist, a noté justement : « La conception de l’homme comme “animal/être économique” […] est le symbole, le signe même qui connote à la fois le capitalisme bourgeois et le socialisme marxiste. Libéralisme et marxisme sont nés comme les deux pôles opposés d’un même système de valeurs économiques […] Libéraux (ou néo-libéraux) et marxistes sont d’accord sur un point essentiel : pour eux, la fonction déterminante d’une société, c’est l’économie » (Les Idées à l’endroit).

Il reste beaucoup à faire pour que la droite se réapproprie la question sociale. Son héritage intellectuel peut le lui permettre. Elle peut également lire les socialistes français comme Pierre Leroux et Benoît Malon. Cela l’éclairera. Jean-Claude Michéa a bien vu que le socialisme français n’était pas de gauche (pas plus que de droite, il est vrai).

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