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Non, M. Rochedy, la droite n’a pas besoin de petits marquis à la Macron

Cadre culturel
 

C’est reparti comme en 14 !

Marine Le Pen est épuisée après avoir affronté la plus grande machination politico-médiatique de l’histoire des Républiques, avec à ses côtés le talentueux et flegmatique Philippot. On ne lui laisse même pas le temps de respirer, et voilà tous les fruits gâtés de la politique, tous les ambitieux qui se tenaient dans l’ombre, à l’affût, se frottant les mains, qui pointent leur nez.

On a vite fait de l’enterrer, la Marine. On ne l’enterre pas, on la coule comme à Mers el-Kébir.

Enterrer le FN ? Bien sûr, que c’est une évidence. Mais reconstruire la droite sur les ruines du FN ?

C’est tout ce que vous avez trouvé pour faire face à Macron ? Restons sérieux.

Monsieur Rochedy, vous parlez trop tard et c’est bien dommage. J’aurais pu vous consacrer un paragraphe dans mon dernier article. Étrange présentation de ce jeune homme qui semble se positionner en futur leader : directeur « national » du Front « national » de la jeunesse (« nationale », la jeunesse ?). Et roulez, jeunesse ! Il y a du Macron chez Rochedy. Même sourire carnassier, faussement empathique. Emmanuel Macron avait personnalisé son mouvement au point de reprendre ses propres initiales. Que pourrait imaginer Julien Rochedy ? Jeunes Radicaux ? Jouons Rassemblés ?

Rochedy est la caricature de ces jeunes aux dents qui raclent le plancher, bien dans la tendance jeuniste des mouvements actuels dont la philosophie politique se résume à « Tous les autres ont échoué. Puisque nous sommes jeunes, nous allons réussir. Il faut, et il suffit… de nous mettre en marche, en route, en branle. » Choisissez la formule qui vous convient. Tout ce que Marine Le Pen a patiemment construit depuis des années, ils sont prêts à le foutre à la poubelle par leur ambition démesurée. Rochedy, avec une bande de copains, va reconstruire la France éternelle. Laissez-moi rire !

Dans le fond, cette petite caste de bourgeois parisiens qui se prennent pour des matamores déteste le peuple.

Ils n’acceptent de se confronter au peuple qu’en se pinçant le nez. Ils me font penser à Zola qui écrivait L’Assommoir en souliers vernis dans son pavillon de banlieue. Pour eux, les électeurs de gauche qui ont voté Marine au deuxième tour ne comptent pas, n’existent pas.

Ils n’aiment la politique que pour l’excitation qu’elle procure, pour la satisfaction de se retrouver entre gens d’un même bord, face à leur miroir inversé : ceux de l’autre bord, « ceux de gauche », qui sont les mêmes mais avec un logiciel différent. Toute une droite française rêve de se reconstruire selon le modèle traditionnel pour le seul plaisir d’avoir en face d’eux des adversaires politiques à leur mesure, à la hauteur de leurs petites ambitions qui ne vont pas plus loin que le petit jeu politique droite-gauche dans lequel la France est enfermée, étouffée depuis la Révolution française. Cette vision de la France est étriquée et, finalement, confortable parce que bien manichéenne.

Monsieur Rochedy, cet « espace énorme à droite pour un mouvement nouveau » est une pure illusion et dénote un singulier manque d’imagination politique, mais aussi un manque coupable de sens historique. Oui, en effet, il y a un énorme espace et la campagne courageuse de Marine Le Pen aura eu le mérite de redistribuer les cartes. Mais, désormais, cet espace n’est plus à droite.

Réveillez-vous, que diable ! Ces notions de droite et de gauche, depuis le 7 mai 2017, sont devenues obsolètes, désuètes, disqualifiées. Macron, qui est intelligent, l’a compris. Reconstruisez la droite et vous aurez Macron non seulement jusqu’à ce qu’il atteigne la limite d’âge pour gouverner, mais encore pour plusieurs générations.

Je l’ai déjà écrit ici : éliminez Philippot (ou ce qu’il représente, car ce n’est plus ici une question de personne) et vous reprenez les vieilles recettes qui n’ont pas fonctionné. Comme si, d’ailleurs, tout ça était affaire de recettes, donc de cuisine. Une louche de-ci, une pincée de-là, touillez un peu, faites revenir à feu doux… et roulez, Simone !

Tout ça me débecte.

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