Editoriaux - 29 novembre 2018

Marchés de Noël : traditionnels à Paris et à Strasbourg, controversé à Bruges et rebaptisé « marché d’hiver »

J’ai suffisamment, ici même, épinglé la mairie de Strasbourg quand elle avait fait disparaître, il y a deux ans, le Christkindel (l’enfant Jésus) de son marché de Noël pour ne pas saluer, aujourd’hui, son retour dans la cour des grands, sinon des plus beaux, des plus authentiques marchés de Noël. Car s’il est un titre homologué que personne ne conteste à la capitale européenne, c’est sans aucun doute celui de capitale de Noël. Avec même, cette année – divine surprise -, l’affirmation d’une tonalité religieuse renforcée : ainsi, la cour d’honneur de l’archevêché, proche du marché de Noël, sera ouverte pendant tous les week-ends de l’Avent et proposera animations musicales, crèche vivante, vente de produits monastiques et de livres religieux, etc. À Strasbourg, de surcroît, depuis l’année dernière, le « Christkindelsmärik » est de retour et rappelle à nouveau sans complexe, en lettres étincelantes, sa dénomination initiale « le marché de l’enfant Jésus ». Car à l’origine, en Alsace, ce n’était pas Santa Claus, le père Noël Coca-Cola, mais l’enfant Jésus en personne (le Christkindel) qui venait combler nos chères têtes blondes au pied du sapin…

Quid de Paris ? Après une période d’incertitudes, la magie de Noël est également de retour au cœur de la capitale : les Parisiens retrouvent le marché de Noël du forain Marcel Campion, anciennement localisé sur les Champs-Élysées, qui ressuscite son marché sur un nouvel emplacement au jardin des Tuileries, avec vingt chalets aux couleurs des régions de France. Piquée au vif, voilà que Mme Hidalgo nous annonce que la ville de Paris compte inaugurer à son tour un village de Noël – ô miracle ! – sur le parvis de l’hôtel de ville, avec un marché de Noël et des animations gratuites, du 14 décembre 2018 au 6 janvier 2019. Les Parisiens n’auront que l’embarras du choix cette année, avec le parvis de la Défense et son gigantesque marché de Noël dans un village éphémère de 13.000 m².

Bon an, mal an, ce sont quelque 300 marchés de Noël qui s’installent, toujours plus nombreux, dans les principales villes de France. Mais c’est probablement en Allemagne que l’on trouve le plus grand nombre de marchés de Noël : Nuremberg est l’un des plus anciens et des plus réputés, mais la concurrence est rude avec Aix-la-Chapelle, Cologne et Dresde, par exemple.

Une ombre vient ternir, néanmoins, ce tableau un peu idyllique des traditions de Noël en Europe : ainsi, nos voisins belges ont rebaptisé le marché de Noël de Bruges (« kerstmarkt », en flamand) en marché d’hiver (« Wintermarkt »). Waarom?? « Avec cette dénomination, nous voulons adopter une position neutre », a déclaré le responsable de la fédération des commerçants de Bruges au quotidien flamand Het Laatste Nieuws. « C’est incroyable de voir comment certains veulent voir disparaître nos traditions les plus anciennes au nom du soi-disant concept de “tolérance” », s’est exprimé, sur Twitter, le sénateur Pol Van Den Driessche, du parti de droite Nouvelle Alliance flamande (N-VA). « Ce nom est carrément ridicule », poursuit-il dans une interview au quotidien néerlandophone Het Nieuwsblad.

« Que vous soyez religieux ou non, le marché de Noël fait partie de notre culture. Il n’y a aucune raison de jeter les traditions par-dessus bord, et certainement pas sous prétexte de la neutralité. Connaissez-vous un musulman qui refuse de visiter un marché de Noël de peur d’être bousculé par les valeurs et les normes catholiques ? »

Le marché de Noël de la Venise du Nord n’est pas le premier de Belgique à adopter une dénomination non religieuse : la ville de Bruxelles a rebaptisé le sien en un glacial « Plaisir d’hiver ». Gand, Hasselt et Anvers ont également opté pour des noms comprenant le mot « hiver » (« winterland »), tandis qu’à Mons, le marché de Noël s’appelle « Mons, Cœur en Neige »… Devant tant de dérobades, Mon(s) Cœur en Neige serait plutôt en… berne « entre les tours de Bruges et Gand »… comme chanterait Jacques Brel : « Messieurs les Flamingants,/J’ai deux mots à vous rire. […] Messieurs les Flamingants,/Je vous em… »

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