Législatives : débat ou pas ? Une question à débattre !

Journaliste, écrivain
 

À en croire la doxa dominante, le débat démocratique serait socle de la démocratie, ce « bien si précieux », dit-on. Au moins aussi « précieux » que les napperons en dentelles que nos grands-mères posaient jadis sur l’acajou de leurs postes Ducretet-Thomson ?

On remarquera ainsi que les tenants du débat démocratique ont souvent une vision toute particulière de ce même débat démocratique. Exemple ? Un débat sur « l’extrême droite » réunira souvent sur le même plateau de télévision un spécialiste d’extrême gauche de l’extrême droite et un spécialiste de centre droit de cette même extrême droite ; mais assez rarement un clampin… d’extrême droite.

Mais il paraît qu’avec Emmanuel Macron, le débat démocratique allait être bouleversé et qu’en quelque sorte, nous allions changer d’ère. Fort bien, même si le fond de l’air paraît toujours aussi frais, question débat démocratique. Ainsi, à l’occasion de cet entre-deux-tours législatif, nombreux sont les garçons et les filles de La République en marche à refuser de débattre avec leurs copains et copines du second tour.

On notera tout d’abord que ces débats, hormis peut-être celui de l’élection présidentielle, n’ont rien d’une loi gravée dans le marbre constitutionnel ; tout juste s’agit-il d’une vague coutume dont l’appréciation est laissée à la discrétion de chacune et chacun.

Après, il est un fait que les candidats macronautes, souvent jeunes et peu aguerris, ne courent pas forcément après ce type de happenings cathodiques, sachant que 87 % d’entre eux sont largement arrivés en tête du premier tour : inutile, donc, de trop s’exposer médiatiquement, on imagine. Certaines excuses sont pour le moins croquignolettes. La macronesque Amandine Rubinelli de Seine-et-Marne, à propos de son adversaire socialiste Olivier Faure : « Nos avis sont divergents et un débat ne servirait à rien. » Confronter des « avis divergents », c’est un peu le concept même du débat, cocotte…

Dans le Val-de-Marne, c’est le macronien Sheerazed Boulkroun qui refuse de débattre avec l’Insoumise Mathilde Panot, estimant que « le débat avait déjà eu lieu pendant l’élection présidentielle ».

Celui ayant opposé Marine Le Pen et Emmanuel Macron ? Un match retour serait, certes, des plus intéressants, mais fortuitement pas tout à fait d’actualité.

Encore plus charmant, dans l’Oise, la macronâtre Agnès Thil refuse de débattre avec le lepéniste Gaëtan Dussausaye, affirmant vouloir éviter un « combat inégal » : « Est-ce qu’on mettrait un boxeur face à quelqu’un qui fait de la natation ? Non. Moi, je ne veux pas être le jouet d’un jeune loup de 23 ans. » Pudeurs de cougar, façon coquine aux appétits sensuels contrariés ? Pas du tout : « Il connaît le discours du FN par cœur, il sait parler aux médias. Moi, je suis issue de la société civile. Je débute en politique et je préfère causer avec les gens sur les marchés. »

C’est une façon de voir, d’ailleurs adoptée par Nathalie Kosciusko-Morizet dans le très chic VIIe arrondissement parisien que lui a abandonné François Fillon. La Nellie Oleson de La Petite Maison dans la prairie des Républicains a, justement, été prise à partie ce jeudi matin sur l’un des marchés les plus courus du coin, impondérables du débat démocratique ; par un déçu de la droite, probablement, qui, l’ayant traitée de « bobo de merde », a ensuite tenté de lui flanquer une torgnole. Laquelle a été évitée de peu, mais n’empêcha pas NKM de glisser sur le trottoir, s’y cognant un peu la tête sur le bitume. En l’occurrence, aucun organe vital n’ayant été touché, la Jeanne d’Arc en Vélib’ et escarpins devrait bientôt, Dieu merci, pouvoir reprendre du service.

Alors, débat ou pas débat ? À l’évidence, il s’agit d’une question méritant d’être débattue.

PS : dernière minute : on nous signale qu’Henri Guaino assure avoir un alibi. À l’heure du drame, il jouait au poker avec quelques amis corses.

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