Entretien - IVG

Thibaud Collin : J’ai choisi à dessein ce terme de « vichysme mental » pour créer un électrochoc

Après la fermeture de son blog par le journal La Croix, Thibaud Collin appelle à la dissidence contre le « Vichysme mental ».

Vous animiez un blog hébergé par La Croix. Ce blog a été fermé par La Croix suite à un édito.
Que s’est-il passé ?

La Croix a publié un éditorial le 28 mai sur le référendum irlandais. Il considérait que ce référendum était globalement positif et qu’il fallait respecter la réponse des Irlandais.
La Croix osait faire une sorte de catégorisation de la vie humaine en distinguant la vie déjà là de la mère et une vie en devenir.
Enfin, l’éditorial concluait en disant : « rendre possible l’IVG est une chose, faire en sorte qu’il en ait le moins possible en est une autre ».
J’ai donc fortement réagi à cet éditorial qui me semblait tout à fait contradictoire avec ce que l’Église enseigne. Il y a quelque temps, le Pape François rappelait que l’avortement était un crime abominable. J’ai parlé de « vichysme mental » pour souligner qu’on ne peut pas catégoriser la vie humaine.
Dans cet éditorial, l’enfant à naître n’est même pas nommé. Même le président Macron avait utilisé l’expression « l’enfant à naître » dans son discours aux Bernardins.

Pourquoi avez-vous utilisé le terme vichysme mental ?

La Croix a supprimé mon blog en considérant que l’expression « vichysme mental » était infamante.
J’ai mûrement réfléchi le choix de cette expression. Ce n’est ni un dérapage ni une injure, mais une analogie. Le gouvernement Laval a cherché en 1942 a négocié ce qui n’était pas négociable. En catégorisant les juifs étrangers et les juifs français, il a transigé avec la dignité de la personne pour trouver le compromis le plus acceptable possible. De la même façon, La Croix pense finalement que l’on peut transiger, négocier et catégoriser la vie humaine pour justifier ce qui est injustifiable.
En utilisant vichysme mental, je n’accuse évidemment pas La Croix d’organiser des centres d’orthogénie. Ce type de propos contribue cependant à créer une culture dans laquelle l’enfant à naître est vu comme un sous-homme qui n’a pas de dignité intrinsèque. C’est particulièrement scandaleux dans un média catholique.
J’ai donc choisi ce terme pour créer une sorte d’électrochoc et je l’assume. Je l’ai fait pour La Croix, mais plus généralement pour les lecteurs de La Croix et les catholiques afin d’éveiller leur conscience profondément obscurcie. Je ne les accuse pas, mais pour avoir une telle pensée, leur conscience doit être obscurcie. Il faut être prêt a trouvé les moyens pour les faire réfléchir.

La fermeture de ce blog pour un billet qui n’engageait que vous et non la ligne éditoriale de La Croix n’est-elle pas disproportionnée ?

Dans mon papier, j’ai attaqué La Croix et non pas la personne qui a écrit cet éditorial. Si la rédaction et Guillaume Goubert, directeur de la rédaction, considéraient que je les avais injuriés, il était logique selon eux de supprimer mon blog. Je regrette néanmoins leur double jeu. On dit :« liberté, débat » et finalement quand on prend une analogie forte pour faire réfléchir, ça devient insupportable aux yeux même de ceux qui parlent de liberté d’expression. Je rappelle que cette liberté éditoriale avait été garantie lorsque La Croix m’avait demandé de tenir mon blog sur leur site.

Quelle leçon le philosophe tire de cette passe d’armes ?

Il est important de manifester l’imposture. Il y a une imposture à ce dire catholique et à continuer à faire comme si l’avortement, rebaptisé IVG, était quelque chose d’acceptable en petites quantités. C’était un des aspects de cet éditorial.
Ensuite, j’espère que ce conflit entre La Croix et moi contribuera à faire prendre conscience de l’importance d’entrer en dissidence sur ce sujet et de s’opposer au pouvoir dominant.
La Croix ne fait que suivre les pouvoirs dominants. Quand on est chrétien ou simplement un honnête homme, il faut revendiquer cette liberté. Je prends l’ exemple de gens que j’aime beaucoup, les Scholl et la rose blanche, qui face à cette force terrible de la domination ont fait une petite chose qui leur a coûté la vie. Ils ont distribué des tracts.
Nous avons aussi à être dissidents sur les petites choses.
Réagir à un texte est déjà une petite chose, lorsqu’on pense que ce texte est tout à fait contraire à la dignité de l’être humain.

Cet article a été lu 3966 fois
Cette statistique n'est pas mise à jour en temps réel