Français expatrié en Pologne depuis 1993, correspondant du quotidien catholique français Présent, contributeur du site Visegrád Post, collaborateur de l'hebdomadaire conservateur polonais Do Rzeczy et commentateur du quotidien Gazeta Polska Codziennie.
Réduction de l’âge de la retraite, ramené de 67 ans à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes, augmentation du salaire minimum, augmentation des pensions de retraite pour les moins favorisés, instauration des premières allocations familiales depuis la chute du communisme en 1989-90, à raison de 500 złotys (environ 120 €) par enfant à partir du deuxième enfant sans condition de ressources (et dès le premier enfant sous condition de ressources), lancement d’un programme de construction subventionnée de logements pour les familles modestes, instauration d’une taxation spéciale sur les banques, etc. : voilà autant de mesures « populistes » qui auraient dû faire exploser le budget polonais et saborder l’économie depuis l’arrivée des sociaux-conservateurs du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir en octobre 2015.
Eh bien, non ! C’est tout le contraire qui semble se produire. Le chômage, d’abord : à 5,3 % des actifs en février 2017, contre 6,5 % un an plus tôt selon les statistiques Eurostat, il n’a jamais été aussi bas, malgré la présence massive de travailleurs ukrainiens (plus d’un million) compensant en grande partie l’émigration polonaise depuis l’adhésion à l’Union européenne (également plus d’un million d’émigrés depuis 2004, s’ajoutant au million parti au cours des années précédentes). Autre donnée, celle de la croissance économique : après une baisse au 3e trimestre 2016, elle est repartie à la hausse et devrait dépasser 3,5 % en 2017, contre 3,2 % en 2016. L’inflation est quasi inexistante et les taux d’intérêt de la banque centrale sont les plus faibles de toute l’histoire du pays (taux de référence à 1,5 %). Quant au déficit du secteur public, qui devrait être dans le rouge selon les libéraux qui ont perdu le pouvoir à l’automne 2015 (et qui avaient eux-mêmes puisé dans les fonds de retraite des Polonais pour limiter leurs propres déficits), il a été de 2,4 % du PIB en 2016, contre 2,6 % en 2015. Certes, c’est encore trop, puisque cela a fait passer la dette publique de 51,1 % du PIB (fin 2016) à 54,4 % (fin 2015), mais il n’y a pas encore de quoi paniquer.
Néanmoins c’est avec la mise en place d’allocations familiales que le gouvernement de Beata Szydło enregistre son plus gros succès. La réussite est double : encore modeste, mais réelle, sur le front de la natalité, et spectaculaire en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté.
Taxer les banques, conserver la monnaie nationale et mener une politique familiale volontariste, voilà des recettes qui portent déjà leurs fruits en Hongrie depuis 2010 et qui semblent réussir également aujourd’hui en Pologne. Non seulement les politiques « populistes » s’avèrent-elles être bonnes contre l’immigration et pour la natalité, mais elles semblent aussi être bonnes pour l’économie !
