Gilets jaunes : futurs « idiots utiles » de Macron ?

Visiblement, il joue la montre. C’est de bonne guerre. Deux petites semaines à tenir jusqu’à la trêve des confiseurs… pour ceux qui peuvent aller chez le confiseur. Beaucoup et peu. Il ? C’est Emmanuel Macron. Le « maître des horloges » joue la montre. Lundi soir, en lâchant du lest, après que son Premier ministre l’a fait la semaine dernière pour les taxes sur le carburant et le contrôle technique, le Président espère que sa jolie montgolfière reprendra un peu d’altitude. Cela permettra probablement de passer les fêtes, comme on dit, mais la prochaine fois, ce sera sans doute le Premier ministre dont il faudra se délester. Comment va évoluer, maintenant, le mouvement des gilets jaunes ? Nul ne le sait. Certains estiment peut-être que le compte y est et vont quitter leur rond-point. D’autres se préparent à y installer le sapin de Noël.

Mais, paradoxalement, ce mouvement, qui a fragilisé le pouvoir macronien comme on ne l’aurait jamais imaginé, pourrait devenir un point d’appui pour que le Président et sa majorité se refassent une santé dans les prochains mois. En effet, le macronisme a prospéré sur la fin de la politique. Une fin de la politique qui devait voir le triomphe définitif de la technostructure, les élus tirés de castings approximatifs et improbables ne devant servir que de claque législative pour enregistrer les lois concoctées par ladite technostructure. Et puis ont surgi les gilets jaunes. De nulle part, ou plutôt de cette France périphérique qui n’intéresse pas ceux qui vivent, pensent et décident à l’intérieur du périphérique parisien.

Les gilets jaunes sont, en quelque sorte, un macronisme en creux, au sens qu’ils rejettent la politique traditionnelle. Un rejet qui peut se comprendre quand on voit, par exemple, que les députés de La République en marche occupent 53 % de l’Hémicycle alors que ce parti n’a obtenu que 32 % des suffrages exprimés au premier tour des élections législatives de 2017, soit 15,39 % des inscrits… Et c’est ce rejet de la politique traditionnelle qu’Emmanuel Macron pourrait exploiter pour poursuivre l’affaiblissement, pour ne pas dire l’élimination du politique.

Quelques indices. Dimanche, le JDD le révélait : selon un sondage commandé par La République en marche à l’institut Ipsos, si les gilets jaunes se constituaient en parti pour les élections européennes, ils obtiendraient 12 % des voix. Sur quelle base programmatique : souveraineté des nations, frontières, immigration, défense de notre culture, protectionnisme intelligent, etc. ? Nul ne le sait, évidemment. D’où le caractère fictif, factice, voire fantasque d’un tel sondage. Mais peu importe. L’essentiel étant de montrer qu’une telle liste affaiblirait le Rassemblement national (il ne serait plus qu’à 14 %, contre plus de 20 % selon un sondage récent) ainsi que La France insoumise et, surtout, permettrait de faire repasser en tête une liste LREM-MoDem avec 21 % des suffrages. Lundi soir, durant les débats qui suivirent l’allocution du chef de l’État, le député LREM de l’Hérault, Patrick Vignal (ex-socialiste), appelait de ses vœux une liste gilets jaunes à l’élection européenne pour, bien évidemment, dans un élan de bienveillance macronienne retrouvée, que la démocratie puisse s’exprimer. Sans arrière-pensée électoraliste, cela va de soi.

Les débats qui vont s’ouvrir dans les prochaines semaines dans les communes – sur quoi, avec qui, comment ? – risquent fort de donner l’illusion d’une démocratie participative et de n’être, en fait, qu’une sorte d’exutoire pour contourner la démocratie représentative qui, il est vrai, compte tenu du mode de scrutin, ne représente plus grand monde. Gilets jaunes : futurs « idiots utiles », alliés objectifs et involontaires du parti macroniste ? Dieu merci, le bon sens reste une vertu de la France périphérique des ronds-points…

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