Économie

Finances : M. Macron a-t-il fait de fausses promesses de campagne ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Quand le budget 2017 a été élaboré, M. Macron était encore ministre de l’Économie. Il a dû nécessairement prendre connaissance des réserves de la Cour des comptes qui s’inquiétait des prévisions économiques fantaisistes (c’est un euphémisme !) de l’ancien gouvernement. Il savait donc que notre pays présenterait un trou important dans ses finances (même l’ordre de grandeur était connu !). Or, notre nouveau Président a émis, pendant sa campagne, des propositions (alléchantes !) en faisant semblant de croire aux chiffres faux de M. Valls.

La situation étant intenable, le Premier ministre a dû reporter (voire annuler !) l’entrée en vigueur des dégrèvements alors que les prélèvements annoncés seront, eux, bien au rendez-vous.

La CSG augmentera de 1,7 %. Les salariés du privé seront gagnants car des cotisations (dont celles qui sont liées au chômage) seront en échange annulées, mais les retraités verront leur pouvoir d’achat sérieusement amputé. M. Macron avait promis des compensations aux fonctionnaires et aux indépendants et le ministre du Budget, M. Darmanin, évoqué des mesures sans les détailler, mais les caisses étant vides, on n’ira pas loin. Il faudrait 2,4 milliards par an pour compenser intégralement la hausse de la CSG pour les seuls agents de l’État ! On ne les a pas et, donc, près de la moitié des Français seront sans doute spoliés.

La réforme de l’ISF attendra un an. Or, celle-ci ne se justifie que si on incite, grâce à elle, des « riches » à revenir en France ou si on les dissuade de partir. L’État perd chaque année, du fait de l’ISF, le double de ce que cet impôt rapporte, parce que nombre de personnes « aisées » ne payent pas chez nous l’impôt sur le revenu ou la TVA. Il faudra attendre deux ans pour sentir les premiers effets de l’allègement de l’ISF, qui pèsera au départ lourdement sur nos finances (d’où le recul du gouvernement). Mais si la réforme se produit en 2019 ou en 2020, elle n’aura aucun effet, car les nouvelles élections seront proches et une nouvelle majorité plus à gauche risque de rétablir immédiatement les taux de l’ISF. Du coup, l’attentisme prévaudra chez les « riches ». Il fallait donc réformer maintenant l’ISF ou ne jamais l’entreprendre de la législature.

Et on se demande si la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des contribuables n’est pas enterrée, car M. Philippe parle de se concerter avec les collectivités. Or, celles-ci sont hostiles à cet allègement, car elles sentent qu’elles seront les dindons de la France et que l’État ne compensera pas leur perte de 10 milliards. Cette « négociation » se traduira sans doute par un recul massif du pouvoir. Or, s’il est avéré, celui-ci posera un problème démocratique majeur. Nombre d’électeurs n’ont voté pour M. Macron que parce qu’ils pensaient ne plus payer la taxe d’habitation, notamment les retraités « aisés » (au-dessus de 1.400 € mensuels), car cette mesure compensait l’augmentation de la CSG. M. Macron a-t-il, d’une certaine façon, triché ?

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