Editoriaux - Politique - 5 février 2019

Élections européennes : pourquoi ne pas dire la vérité ?

Les élections européennes (26 mai en France) ne s’annoncent pas franchement passionnantes, et ce, bien que ce soit enfin l’occasion, pour les Français, de sanctionner le Président Macron depuis son élection. Ce dernier, en prévision d’une faible participation, réfléchit à l’idée d’organiser un référendum dans la même période. En attendant, les têtes de liste sont annoncées les unes après les autres (Bellamy pour LR, Aubry pour LFI, Bardella pour le RN, etc.).

Pourtant, l’actuel président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait affirmé – avec la sobriété qu’on lui connaît – qu’« il ne peut y avoir de choix démocratique face aux traités européens » (dans un entretien accordé au Figaro, en janvier 2015). De fait, élire un maximum de députés souverainistes dans un camembert déjà restreint au Parlement européen (79 sièges pour la France, contre 96 pour l’Allemagne) n’a aucun sens si ce n’est de permettre aux partis politiques d’avoir des élus avec des collaborateurs. Car la politique, c’est d’abord du business.

La liste que certains gilets jaunes veulent porter jusqu’à Strasbourg suinte la combine électorale pour faire baisser le score des rivaux du chef de l’État. Leur tête de liste, Ingrid Levavasseur, ressemble beaucoup à Édouard Martin, un syndicaliste de la CFDT qui faisait le spectacle devant les caméras de télévision dans un bras de fer avec ArcelorMittal durant l’élection présidentielle de 2012. Une fois élu, François Hollande avait su récompenser l’opportuniste en le mettant sur la liste PS pour les européennes de 2014. Rien d’étonnant, alors, que l’aide-soignante ait troqué des convictions pour un plat de lentilles.

Quant à la droite du PACS (Roselyne Bachelot), du « pain au chocolat » (Jean-François Copé) et de « la ration de frites supplémentaire » (Nicolas Sarkozy), celle-ci ne peut pas tenir un discours cohérent face à une politique économico-sociale qu’elle prône depuis la victoire du « oui » au référendum sur le traité de Maastricht (le 20 septembre 1992). Car les thèmes nationaux font gagner tant que les intérêts libéraux font siéger. Dans un territoire sans frontières, le politique compense son manque de souveraineté en se mêlant de ce qui se passe dans la chambre à coucher (loi sur le mariage homosexuel ou celle pénalisant les clients de prostituées) et en limitant les déplacements en voiture dans les zones périurbaines et rurales (80 km/h). Et la grande braderie se déploie sans détour : vente à la sauvette des industries, des routes, des terres, des patrimoines, des murs et des aéroports.

Tel un directeur des ressources humaines qui divise ses salariés pour mieux régner, Macron promeut une opposition morcelée en micro-partis. Le mouvement de l’ancien socialiste Benoît Hamon, Génération.s, prônant l’inclusion tant au niveau culturel que sociétal ne propose rien de très différent par rapport au macronisme. Il n’est pas surprenant de voir ce parti surreprésenté sur les plateaux télé alors que ce dernier n’a jamais subi l’épreuve du suffrage universel. Les « machins » ne s’arrêteront pas là. Fort à parier que les députés « des Français de l’étranger » prendront plus de places au nom de la désertification des territoires. Dans tous les cas, nos élus continueront de penser international.

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