Livre

Droite-gauche, c’est fini : Le moment populiste

de Alain de Benoist

Intellectuel, philosophe et politologue
Revue Eléments
 

Durant le mois d’août, Boulevard Voltaire fait découvrir à ses lecteurs un livre récent que la rédaction a apprécié. Chaque jour, un nouvel extrait est publié. Cette semaine, Le Moment populiste. Droite-gauche, c’est fini !, d’Alain de Benoist.

En décevant le peuple, en œuvrant à la destruction de tout ce à quoi il était attaché, en se solidarisant des prédateurs de la société de marché, en donnant à son tour le spectacle de l’autisme, de l’indécence et de la corruption, la gauche s’est coupée des classes populaires et les a jetées dans les bras des mouvements populistes qui ne demandaient qu’à les accueillir pour parler en leur nom. Jean-Claude Michéa voit juste quand il écrit que « ce n’est pas tant dans la noirceur morale d’une partie des classes populaires (ou dans leur “manque d’instruction”) qu’il faut chercher les véritables raisons de la montée de l’“extrême droite”. C’est plutôt, à l’inverse, dans la réaction d’indignation de ces classes envers un mouvement politique et intellectuel qui, au nom de la “science”, de la “modernité” et de l’évolution “naturelle” des mœurs, se propose de détruire (du moins en ont-elles l’intime conviction) l’ensemble des vertus et des traditions morales auxquelles elles sont attachées – à commencer, souligne Orwell, par leur foi religieuse, leur sens de l’effort personnel et leur patriotisme. »

Entre les législatives de 1978 et la présidentielle de 2002, le pourcentage d’ouvriers et d’employés ayant voté à gauche est tombé de façon révélatrice de 27 % à 15 %. Les derniers scrutins révèlent que près de 50 % des ouvriers votent aujourd’hui pour le Front national. Cela ne signifie pas que les ouvriers constituent la majorité de l’électorat du FN (ils n’en représentent qu’environ 13 %), mais que ce parti est surreprésenté dans le monde du travail, ce qui contribue sans aucun doute à son discrédit auprès des élites. […] Rappelons aussi qu’au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, 60 % des jeunes, 80 % des ouvriers et 60 % des employés, ainsi que la majorité des salariés, ont voté « non », le « oui » n’ayant finalement été majoritaire que dans la haute bourgeoisie, chez les cadres supérieurs, les inactifs et les retraités. […]

Parler de « droitisation » ne serait qu’une façon paresseuse d’interpréter pareille évolution. Il est évident que gauche et droite ne signifient plus rien dès l’instant où l’opinion la plus répandue est que tous les grands partis, de gauche et de droite, disent plus ou moins la même chose – et ne s’affrontent, au mieux, que sur les moyens de mettre en œuvre les mêmes politiques. Le clivage gauche-droite n’a en réalité plus de valeur opérationnelle pour analyser les phénomènes politiques nouveaux, à commencer par la montée du populisme. La preuve en est que les programmes des partis populistes associent fréquemment thématiques de gauche et thématique de droite. En Grèce, Alexis Tsipras, patron de Syriza, a préféré pour former son gouvernement s’allier avec un parti souverainiste classé à droite, les Grecs indépendants (ANEL), plutôt qu’avec les formations de la gauche traditionnelle, à commencer par le Pasok. En France, on a même vu l’économiste Jacques Sapir plaider pour une alliance du Front national et du Front de gauche. Ailleurs, on constate que les électeurs des grands partis ne suivent plus les consignes des états-majors. Il est ainsi remarquable qu’en Grande-Bretagne, la direction des deux grands partis, conservateur et travailliste, était favorable au Remain, ce qui signifie que le « Brexit » l’a emporté par coagulation des suffrages provenant d’électeurs des deux camps. Aux États-Unis, où la dyade droite-gauche n’était déjà guère superposable au couple républicains-démocrates, on a pareillement vu des personnalités « néocons » du parti républicain, et non des moindres (Paul Wolfowitz, Robert Kagan, Brent Scowcroft, Richard Armitage, James Kirchik, Max Boot, Bret Stephens, etc.), annoncer qu’elles voteraient pour Hillary Clinton, qualifiée pour l’occasion de « vraie conservatrice », seule capable de résister à un « changement systémique ».

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