Discours - Editoriaux - Politique - Table - 10 juillet 2018

Discours d’Emmanuel Macron au Congrès : une heure trente d’autocratie pour un bien maigre bilan !

En mai 2017, en traversant solennellement l’esplanade du Louvre au son de « l’hymne » européen, Emmanuel Macron se voulait l’acteur incomparable de la relance européenne, de la renaissance française et de la restauration de la fonction présidentielle.

Il est, aujourd’hui, le spectateur du match France-Belgique.

Hier, la mise en scène à nouveau grandiloquente de Versailles n’a pas fonctionné. L’illusion s’est dissipée. L’humilité affirmée jurait avec le décor. L’aveu donnait à réfléchir… « Je ne réussis pas tout » suscitait la question : mais, après tout, qu’a-t-il réussi ?

Le bilan est, en effet, bien maigre. Celui qui voyait l’avenir de la France dans une Europe de plus en plus fédérale construite par le « couple » franco-allemand se heurte à la réalité d’une Europe de plus en plus fragmentée et inquiète. Devant le Congrès représentant la nation, il a conclu en chef de parti annonçant, dans les futures élections européennes, le choc entre les « nationalistes » et les « progressistes ». Cette opposition illogique est une tentative maladroite de simplifier le réel. Les « progressistes » s’opposent aux conservateurs, et ces derniers peuvent d’ailleurs à juste titre considérer que les « progressistes » sont des décadents qui s’ignorent. La Hongrie comme la Pologne progressent sur le plan économique, mais elles sont souverainistes et non « nationalistes ». Jupiter-Narcisse nous avait habitués à un usage des mots plus précis.

Chacun des termes de son discours s’inscrit dans le plaidoyer d’un homme qui se sait en échec : la croissance bien modeste et inférieure à la moyenne européenne n’est pas équitablement répartie. Les inégalités se sont accrues. La pression fiscale a augmenté. La dépense publique ne diminue pas. Le chômage stagne. Le commerce extérieur, qui est le meilleur baromètre des performances comparées entre les États, creuse chaque jour son déficit. Les sondages laissent apparaître que les Français se sont trompés en élisant un homme qui les a trompés et se trompe lui-même. La surestimation de soi est, à l’évidence, le grand défaut du Président élu l’année dernière.
Le matraquage fiscal des classes moyennes a cassé une confiance qui pouvait être portée par une reprise mondiale et européenne, et en particulier par l’alignement des astres taux-monnaie-énergie. Il est probable que la France ait une fois encore manqué le coche en raison de la vanité et de la présomption de ses dirigeants.

Il y a de l’Erdoğan dans le Macron : non seulement il veut, au travers d’une réforme constitutionnelle, augmenter encore le déséquilibre entre l’exécutif et le Parlement déjà patent dans la Ve République, mais il veut désormais que le Président soit, de fait, le Premier ministre, rendant des comptes devant les parlementaires mais sans, pourtant, être responsable devant eux, et condescendant même bientôt à leur répondre, comme si le gouvernement ne le faisait pas chaque semaine devant les Assemblées.

Que le Président fasse un discours annuel sur l’état de la France était déjà une évolution présidentielle à l’américaine. Cette fois, on se demande à quoi servira encore le Premier ministre. Le système américain est bardé de contre-pouvoirs, ne serait-ce que par le biais des élections de mi-mandat. En France, le quinquennat a conduit à l’instauration, tous les cinq ans, du pouvoir personnel d’un chef de l’État qui pourra dissoudre l’Assemblée sans avoir besoin de le faire tandis que les députés seront condamnés à se soumettre dans l’espoir d’être réélus avec lui. Quand on se souvient de la précipitation de l’opération politico-médiatico-judiciaire qui a permis l’élection de Macron puis de ses courtisans, on ne peut que douter du maintien de la démocratie dans notre pays. Le gouvernement des juges qui se fait jour dans plusieurs décisions, comme par hasard hostiles à l’opposition, et la chasse aux prétendues « fausses nouvelles » qui s’annonce ne peuvent que renforcer cette inquiétude.

Son aveuglement sur la spécificité de l’islam, son verbiage sur la laïcité, ses silences sur l’immigration « légale » et sur la sécession urbaine qu’elle entraîne dans certaines grandes agglomérations, comme à Nantes récemment, montrent à quel point il n’était pas l’homme qu’il faut au moment opportun. Certains Français ont cru élire celui qui allait libérer notre économie de ses pesanteurs. Ils ont élu un pur produit du système, incapable de faire des réformes de structure profondes, et dont l’idéologie procède des poisons qui minent la France depuis cinquante ans !

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