Discours - Editoriaux - Politique - Table - 1 janvier 2018

Vœux de Macron : quand le seigneur s’adresse à ses serfs

Je dois avouer que je n’ai pas regardé le spectacle des vœux du chef de l’État. À quoi bon ? Depuis la veille, les journalistes politiques ont longuement expliqué qu’il n’y aurait point d’annonce nouvelle. La question essentielle était de savoir s’il renouvellerait ou non le genre. Question cruciale, en effet ! Et puis, les journalistes ne manqueraient pas de dire, le lendemain, ce qu’il fallait retenir.

Jugeons donc sur pièces, en nous reportant, sur le site de l’Élysée, au discours intégral de notre Président.

Son discours est bien construit : c’est sa seule qualité. Son style, limpide, bien qu’il n’ait pu s’empêcher d’y semer quelques formules savantes, comme celle-ci : “C’est une grammaire de la paix et de l’espérance qu’il nous faut aujourd’hui réinventer dans nombre de continents.” Que diable vient ici faire la grammaire ? Voulait-il épater son auditoire ? C’est plutôt une marque de pédantisme, qui frise le ridicule.

Sur le fond ? Un tissu de lieux communs et d’objectifs, qui confirment ce que nous savions déjà.

2017, “ce fut l’année du choix : le choix du peuple français, votre choix par lequel vous m’avez attribué votre confiance et avec elle votre impatience, vos exigences, vos attentes”. Notre Président se berce ou nous berce dans l’illusion qu’il fut élu par une majorité du peuple, ce qui est une contre-vérité et révèle les failles du système électoral actuel. Si le mode d’élection légitime Macron, le mode de scrutin n’est pas équitable. Les aspirations d’un grand nombre de Français ne sont pas prises en compte.

Macron a conscience que tout le monde ne partage pas sa politique, mais n’en a cure : “Toujours j’écouterai, j’expliquerai notre situation et la réalité de celle-ci ; je respecterai et toujours à la fin, je ferai car c’est ce dont notre pays a besoin et c’est ce que vous attendez de moi.” Moi qui croyais bêtement, comme Abraham Lincoln, que “la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple !”

Passons sur sa déclaration d’amour à l’Europe : “Je crois très profondément que l’Europe est bonne pour la France ; que la France ne peut pas réussir sans une Europe elle aussi plus forte […]” Il en appelle même à ses “chers concitoyens européens”, comme s’il s’en voyait déjà le leader. De Gaulle aurait pu dire de lui : “Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe !” Il est vrai que les échéances électorales de 2019 se rapprochent.

Passons sur son éloge du travail, qu’il ne sait lier qu’à la réussite et à l’enrichissement matériel. Passons sur l’immigration, à propos de laquelle il annonce une politique équilibrée, dont on n’a pas encore vu le début du commencement.

Ce qui peut choquer le plus, c’est la façon dont il incite les Français à s’engager, comparant la nation à un “collectif” : “C’est ce collectif qui vous a éduqué, qui vous soigne, qui quand vous tombez, vous aide à vous relever, qui vous aidera dans vos vieux jours et dites-vous à chaque instant que vous avez quelque chose à faire pour la Nation.” Plagiat de John Fitzgerald Kennedy, en 1961, pour faire jeune et dynamique.

Je vois dans cet appel, outre un lieu commun de la rhétorique, quelque chose de méprisant et de culpabilisant pour les Français : ils reçoivent tant de l’État, ils lui doivent bien quelque chose en retour, n’est-ce pas ? Il me semblait que l’État n’était riche que de leurs impôts et qu’ils en faisaient déjà beaucoup pour lui. Macron dit, en conclusion, avoir “la volonté de faire vivre notre Renaissance française”. Ne serait-ce pas plutôt un retour à la féodalité ? Prendrait-il les Français pour ses serfs ?

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