Editoriaux - Justice - Santé - Société - 11 juillet 2019

Vincent Lambert : la vérité malgré la honte

Vincent Lambert est décédé ce jeudi matin. Qu’il repose en paix, et que la paix se fasse dans sa famille.

Mercredi, le Dr Kiefer, spécialiste de ces infirmités et médecin-conseil des parents de Vincent, intervenait à la veillée de prière organisée à Saint-Sulpice. Elle a raison, il faudra analyser comment nous avons pu en arriver là.

L’affaire Vincent Lambert coche trop de mauvaises cases.

Celle d’un hôpital qui refuse de transférer son patient d’un service de soins palliatifs à un autre service plus approprié. Puis qui entame une procédure d’euthanasie sans en avertir toute la famille. Puis qui séquestre son patient et lui refuse les soins qui seraient adaptés à son handicap. La simple durée de vie de Vincent dans un service de médecine palliative suffit à démontrer que ce n’était pas le bon endroit.

« J’imagine qu’il est tentant, si le seul outil que vous avez est un marteau, de tout traiter comme si c’était un clou. » Cette phrase attribuée à Abraham Maslow, Paul Watzlawick ou Albert Einstein me semble expliquer l’obstination du CHR de Reims, encore plus après avoir été contraint par décision de justice, en 2013, à réalimenter et réhydrater Monsieur Vincent Lambert. Et l’orgueil, bien sûr.

Peut-être que cette affaire montrera à tous que réifier un patient au profit d’un médecin, c’est contraire à la dignité de l’homme.

Les cases des juges ? Il y a ceux qui ont refusé de voir la vidéo, certes « pirate », de Vincent Lambert pour désincarner leur jugement. Il y a ceux qui ont méprisé les rapports d’expertise indiquant que non, ce n’était pas un malade en fin de vie atteint d’une maladie incurable. Il y a ceux qui se sont laissé dicter de statuer en urgence. Et il y a ceux qui ont tenté de comprendre.

Les politiques ? Il semblerait que l’agenda de certains d’entre eux soit celui des officines qui ne voient qu’une vie utilitariste : tant que vous produisez et que vous consommez, tout va bien. Dès que cela cesse, il vaut mieux que vous disparaissiez au plus vite. Oui, en la matière ils ont peu ou pas de divergence de fond avec le IIIe Reich. Tant que la dignité de l’homme, de tout homme, ne sera pas érigée en principe sacré et absolu, les faibles seront sous cette épée de Damoclès.

Les médias ? Ont-ils toujours dit la vérité ? Ont-ils repris les VRP de la mort en blouse blanche à chaque fois que ceux-ci dérapaient ? Bien sûr que non, ils font partie de la meute de publicitaires qui tente de vendre l’idée que la dignité de l’homme serait dépendante de son état de santé.

Bien sûr que tous ces constats devraient nous faire honte, à tous, collectivement, parce que nous sommes aussi responsables d’un monde qui brade cette dignité de l’homme. Alors ne lâchons rien pour dire et redire et re-redire la vérité : un crime d’État a été commis contre Monsieur Vincent Lambert.

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