Des coups de feu tirés dans la nuit de mardi à mercredi autour du palais présidentiel ont rompu la tradition de calme qui régnait, jusqu’ici, dans ce pays soumis à une dictature féroce par le président Mugabe depuis le début du siècle. On disait, en effet, des habitants du Zimbabwe que la seule préoccupation qu’ils avaient, le matin en se levant, était d’aller chercher de quoi manger et non pas de faire la révolution…

Depuis deux jours déjà régnait à Harare comme un air de putsch militaire. Des chars convergeaient vers la capitale sans qu’on sache trop ce qu’ils allaient y faire.

On est maintenant certain que c’est le dernier épisode en date de la terrible guerre de succession du vieux tyran de 94 ans qui a fait descendre l’armée dans les rues. Il y a une semaine, en effet, le président Mugabe révoquait son dernier vice-président, Emmerson Mnangagwa, qui était surtout hostile aux agissements en coulisses de (Dis)Grace, l’épouse du président qui ne cachait pas ses intentions de succéder à son vieillard de mari. Un an plus tôt, c’était au tour de la première vice-présidente Joice Mujuru d’être démissionnée pour les mêmes raisons.

Après avoir pris le bâtiment de la radio sans coup férir, il semble que les militaires se soient ensuite dirigés vers le palais présidentiel pour “protéger le président en le mettant en résidence surveillée”. De là, probablement, l’origine des coups de feu échangés entre les mutins et la garde rapprochée du président .

Dans une déclaration faite à la presse, le brigadier-major Sibusiso Moyo a déclaré être toujours fidèle à et vouloir s’en prendre surtout aux criminels qui l’entouraient. Mais personne n’est dupe à Harare. Emmerson Mnangagwa, qui avait fui le pays après son éviction, est revenu et a tweeté dans un message à la population de rester calme et qu’il allait prendre contact avec elle en temps et lieu, “les prochains jours devant être très chargés pour lui”. Aux dernières nouvelles, le pays est définitivement sous la férule des militaires, ces derniers ayant décidé de dissoudre le Parlement, de nommer un nouveau conseil militaire et d’engager des discussions avec Joice Mujuru, Emmerson Mnangagwa et Morgan Tsvangirai, ancien Premier ministre et fondateur du MDC (Movement for Democratic Change). Quant au président Mugabe, sa femme et son entourage proche, ils sont officiellement en état d’arrestation et confinés au palais présidentiel.

15 novembre 2017

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