Editoriaux - International - 1 mai 2019

Venezuela : le régime de Maduro vacille

Alors que la possibilité de recours incarnée par Juan Guaidó semblait, jour après jour, perdre de sa crédibilité au sein de la population vénézuélienne en l’absence d’actes concrets, les événements se sont considérablement accélérés depuis 72 heures.

Plus précisément depuis dimanche 28 avril, date de la décision prise par Washington de déclarer l’embargo sur le pétrole vénézuélien, empêchant ainsi tout flux économique avec des sociétés américaines, gelant par ailleurs les avoirs vénézuéliens et interdisant, en outre, toute utilisation du système bancaire américain pour commercer avec Caracas. Une décision catastrophique pour Nicolás Maduro, dont les marges de manœuvre vont encore plus se contracter et qui ne va plus lui permettre de rembourser, même très partiellement, ses plus importants créanciers et soutiens que sont la Chine et la Russie…

D’autre part, l’accélération de la décomposition économique et sociale du pays est maintenant constatée et actée par Vladimir Poutine grâce aux nombreux rapports envoyés par les techniciens russes présents au Venezuela depuis plusieurs mois. Pour autant, le président russe, soucieux des intérêts et des investissements financiers de son pays, ne souhaite pas négocier avec le seul Juan Guaidó, considéré comme l’instrument politique des États-Unis.

C’est dans ce contexte, sans que l’on en connaisse encore l’ampleur, qu’un mouvement de rébellion a été initié par un certain nombre de jeunes officiers, ce qui a permis, entre autres, la « libération » de l’opposant historique Leopoldo López, qui était assigné à résidence sous contrôle militaire. Les événements de ces dernières heures ont de nouveau galvanisé les partisans de Guaidó. «¿Qué más podemos perder? Ya nos quitaron todo», «Es ahora o es nunca» (« Que pouvons nous perdre ? Il nous ont tout pris ! », « C’est maintenant ou jamais »), tels étaient les slogans repris dans la manifestation de mardi soir où de nombreux militaires en uniforme se sont mêlés à la foule…

Même si la sédition semble avoir gagné plusieurs unités, Nicolás Maduro, tout en le reconnaissant finalement implicitement, a communiqué via Twitter qu’il avait toujours le soutien des commandants des différentes régions de défense intégrale (REDI) et de défense intégrée (ZODI) du pays.

Malgré cette déclaration, il faut constater que, pour la première fois, Juan Guaidó a réussi à fissurer la chaîne de commandement au sein des forces armées vénézuéliennes. Dans cette perspective, Juan Guaidó a appelé, mercredi 1er mai, à des manifestations monstres dans tout le pays pour poursuivre ce qu’il a appelé « l’opération Liberté » et contraindre Maduro à quitter le pays. Tout cela sera-t-il suffisant pour provoquer le départ de Nicolás Maduro ? Rien n’est moins sûr, même si le secrétaire d’État Mike Pompeo évoquait l’échec d’une « exfiltration » de Maduro vers La Havane dû à un veto russe ! Dans le même temps, le président américain désignait, lui, les nombreux experts et conseillers cubains présents dans tous les rouages de l’État vénézuélien comme responsables du maintien de Maduro au pouvoir et menaçait La Havane de nouvelles sanctions !

Il faut dire que, pour Cuba, en proie à de terribles difficultés économiques, la chute de Caracas serait absolument dramatique…

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