Editoriaux - International - 13 avril 2019

Venezuela : la solution Guaidó dans l’impasse

S’il convient de reconnaître au moins une qualité à Nicolás Maduro, c’est bien celle de fin stratège politique dans sa capacité à se maintenir au pouvoir malgré les pressions internationales, financières, politiques, économiques, sociales, etc.

Car la solution de recours proposée par Guaidó semble dorénavant être dans une impasse. Outre un talent d’orateur assez moyen, son discours volontariste, mais sans aucun effet, commence à ne plus mobiliser une grande partie de la population confrontée à d’autres soucis : tous les jours, les Vénézuéliens subissent des coupures d’électricité plus ou moins longues, des coupures d’eau faute d’entretien du réseau de distribution, des pénuries récurrentes de produits alimentaires… Sans parler des problèmes en matière de santé.

Une équipe de l’École Bloomberg de Santé publique, après une enquête sur place, entretiens et visites dans les services sanitaires vénézuéliens, a publié une étude montrant l’ampleur du désastre sanitaire actuel : réapparition des maladies qui étaient éradiquées avant la crise : rougeole, diphtérie, augmentation du nombre de cas de paludisme et de tuberculose, sans oublier une mortalité infantile qui a fait un bond de 40 % en deux ans ! La politique de santé publique de Chávez, qui avait obtenu d’excellents résultats, a été balayée en quelques années…

Toutes ces données catastrophiques sont corroborées par celles de l’organisation catholique Caritas, qui insiste aussi sur le nombre spectaculaire de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans, passée de 10 %, en 2017, à 17 %, en 2018.

À ce tableau déjà dramatique, il faut aussi noter, selon nos informations, la recrudescence de la violence de bandes armées issues de factions terroristes historiquement liées aux anciennes FARC ou en lien avec l’ELN (l’Armée de libération nationale colombienne), des groupes paramilitaires qui multiplient les activités de racket et les trafics en tous genres.

C’est dans ce contexte que la solution Juan Guaidó fait pour l’instant, pour reprendre une expression célèbre, « pschitt » ! On ne peut donc pas s’étonner de voir, lors des deux manifestations de samedi dernier, les partisans de Maduro beaucoup plus nombreux dans les rues de Caracas que ceux de Guaidó.

Devant l’immobilisme de la situation, malgré la présence russe, malgré les nombreux techniciens étrangers de pays alliés de Maduro présents sur place, certains haut gradés américains évoquent maintenant ouvertement une possible intervention militaire, seule à même, selon eux, de pouvoir résoudre la situation au Venezuela.

Ainsi l’amiral Craig Faller, responsable du commandement sud des États-Unis, en tournée en février au Brésil et en Colombie, a affirmé, jeudi, que les autorités américaines seraient prêtes à une intervention si Nicolás Maduro était encore au pouvoir à la fin de l’année. Ajoutant, dans l’interview au magazine bimestriel Foreign Policy, que l’armée de terre étudiait plusieurs options et se tenait prête pour mettre en œuvre toute décision prise par le président Donald Trump.

Des déclarations et des prises de position qui ne font, en fait, que souligner l’impasse diplomatique et aussi logistique actuelle dans laquelle sont les soutiens de Juan Guaidó.

À lire aussi

Bolivie : la rue et l’armée provoquent la chute du président socialiste Evo Morales

Avec l’annonce de cette démission, Cuba et le Venezuela de Maduro perdent leur plus indéfe…