Editoriaux - Religion - 13 avril 2019

La petite bombe de Benoît XVI

Le pape émérite Benoît XVI sort rarement de son silence depuis sa retraite vaticane. C’est pourtant une petite bombe qu’il vient de lâcher, avec l’accord du pape François, précise-t-il, dans la revue allemande Klerusblatt. Le pontife y analyse l’actuelle crise de l’Église, secouée par des affaires de pédophilie, comme la conséquence de l’esprit de 68.

« Gigantesque retour en arrière », commente Le Monde, qui dénonce l’amalgame entre homosexualité et pédophilie. Pourtant, les propos du pape Benoît sont dans la droite ligne de la dénonciation du relativisme qu’il a toujours portée.

« Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En fin de compte, la raison en est l’absence de Dieu », écrit-il. Car « un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde dépourvu de sens » et donc « sans notion de bien et de mal ». Et le quotidien du soir de s’interroger : mais pourquoi donc autant de prêtres s’en sont rendus coupables ?

La réponse est dans le texte : parce que le relativisme n’a pas épargné l’Église ni les séminaires où sont formés, pendant six ans, tous les futurs prêtres. En affirmant qu’il « ne pouvait y avoir quoi que ce soit d’absolument bon, ni quoi que ce soit d’absolument mauvais, mais seulement des appréciations relatives », certains théologiens auraient mis « radicalement en question l’autorité de l’Église dans le domaine moral » et provoqué « un effondrement » de son enseignement moral.

Force est de constater que Benoît XVI tape juste, et là où ça fait mal. Si les notions de bien et de mal s’affaiblissent, si les frontières entre elles s’estompent – ce qui est le propre du relativisme moral -, il n’y a rien de surprenant à ce que des comportements autrefois considérés comme gravement fautifs soient appréciés avec indulgence, voire compréhension. Pour complaire à un monde devenu incapable de s’appuyer sur des principes philosophiques supérieurs à l’action humaine, certains clercs, parfois très haut placés, ont gommé ce qui, dans l’enseignement de l’Église, leur semblait trop rigide. Au risque d’altérer la conscience des prêtres en formation, des futurs évêques et d’une partie de la hiérarchie de l’Église.

Certes, la pudibonderie bourgeoise du XIXe siècle, et de la première partie du XXe, a occulté le message évangélique ainsi que la notion de miséricorde divine. Sa disparition a mis fin à une vision excessivement moralisatrice de la religion chrétienne qui dissimulait l’essentiel, derrière un catalogue de causes de damnation automatique. Ne serions-nous pas tombés dans l’excès inverse : tout est permis pourvu qu’on aime ? Comme si la fameuse phrase de saint Augustin « Aime et fais ce que tu veux » avait été détournée de sa signification première ?

Benoît XVI ne mâche pas ses mots en évoquant des « cliques homosexuelles » au sein de certains séminaires. Il rejoint, en cela, de nombreux observateurs, y compris l’auteur de Sodoma, qui évoque de nombreux homosexuels au sein de la Curie romaine. Cela déplaît au Monde. Peu importe. Il est vrai que, dans notre monde, l’homosexualité, c’est bien, alors que la pédophilie, c’est mal. Insupportable et impossible amalgame, donc.

La volonté affirmée par l’Église de lutter contre les crimes pédophiles n’est pas dissociable d’une réflexion lucide au sujet des causes de ces insupportables déviances. Si Benoît XVI, dont on connaît la qualité intellectuelle, peut y contribuer, il s’agit d’une excellente manière de servir l’Église.

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