Editoriaux - Politique - 25 mai 2019

Veille d’élection : veillée d’armes…

À quoi peut-on comparer une veille d’élection ? Tout du moins pour ceux qui s’intéressent encore un peu au phénomène. En France, comme les élections ont toujours lieu un dimanche – ce qui n’est pas le cas partout en Europe -, les veilles d’élection ont toujours lieu un samedi. Bien vu ! Si c’est pour noircir du papier, ce n’était pas la peine.

Oui, mais un samedi, veille d’élection, cela a un côté (que personne ne crie au blasphème !) Samedi saint. Le temps est suspendu. Plus le droit de faire campagne. Repos pour tout le monde après des semaines qui, parfois, pour certains ou certaines, ont pu être un vrai calvaire. Le silence qui précède le fracas. Demain, il va se produire un grand événement. On sait que cela va arriver. Parfois, il est vrai, on ne connaît pas l’issue : c’est là que s’arrête la comparaison avec le Samedi saint, pour ceux qui croient. On a hâte que cela arrive et, en même temps, on redoute.

C’est alors que vient la comparaison avec l’accouchement. Parfois dans la douleur. Avec un examen ou un concours, aussi. A-t-on tout fait ce qu’il fallait ? Est-ce qu’il n’aurait pas fallu travailler plus tel ou tel thème ? Est-ce qu’on n’a pas été un peu léger à tel moment ? J’avais la réponse quand ce journaliste m’a interrogé. Pourquoi n’ai-je rien dit ? L’autre abruti au débat, j’aurais pu le moucher mais je n’y ai pas pensé…

La veille des élections, c’est aussi veillée d’armes. Certes, les généralissimes ne font pas le tour des bivouacs pour gonfler leurs troupes et se réchauffer au coin du feu. Ils sont, la plupart du temps, en famille ou entre amis.Trop tard, en tout cas, pour revenir sur le plan de bataille. Le plan de bataille, c’est bien connu, c’est le premier mort à la guerre. Les troupes au petit jour vont s’ébranler mais l’on n’est pas à l’abri de la surprise. Déjà, la météo. Important, la météo : à la guerre, au tiercé comme un jour d’élections. Trop beau : les électeurs iront à la pêche ou voir la belle-mère. Justement, c’est la fête des Mères, ce dimanche. Trop mauvais : ça va être difficile de sortir de la tranchée, je veux dire de dessous la couette. Quel champ de bataille, cette chambre à coucher ! Ensuite, comment va réagir la troupe ? Dans l’isoloir, il n’y a pas d’adjudant pour tenir la ligne de front ! Combien de personnes changent alors de camp sans craindre de passer en cour martiale ?

En tout cas, demain, ce sera une drôle de bataille. Une bataille quasi silencieuse. Sépulcrale. Un bureau de vote, ça parle moins que dans une église et on a gardé le confessionnal. Une bataille où la troupe est en colonne, et non en ligne, pour tirer son unique cartouche dans l’urne. Une bataille où les généraux ne peuvent manœuvrer. Une bataille où l’on compte les blessés et les morts à la fin seulement. Pas d’évacuations sanitaires en cours de journée. Tant il est vrai qu’en politique, on ne meurt jamais vraiment. Alors, disons, pour reprendre un propos de popote : une bataille qui fera plus de cocus que de morts ?

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