Editoriaux - Santé - 25 mai 2019

Placebo versus nocebo, ou mort programmée de l’homéopathie

« Primum non nocere », dogme d’Hippocrate, est l’un des premiers enseignements du jeune médecin. Il est également demandé à l’impétrant de faire preuve d’empathie pour ses patients, et le sacerdoce dans lequel nous nous sommes engagés nous donne des devoirs envers eux. Cet état d’esprit nécessite, surtout quand nous commencions, médecin de famille ou de campagne, de prendre le temps de s’intéresser à l’entourage du patient, à ses conditions de vie, aux événements marquants de son existence pouvant influencer son état de santé du moment, mais également de connaître ses réactions sociales, dans son milieu familial et professionnel. Les maladies des grands-parents et des parents étaient également prises en compte. Le médecin était l’ami de la famille…

Qu’en est-il, actuellement, de la prise en charge du patient ? Le tarif low cost de la consultation oblige le médecin à un certain rendement ne lui permettant pas de connaître le patient en profondeur mais de traiter quelques symptômes superficiels qui seront effacés par une médecine contraire, fondement de l’allopathie. Tout est anti : antibiotiques (contre la vie), anti-inflammatoires, antipyrétiques, antalgiques, antidépresseurs… L’allopathie oblige un organe à fonctionner quand le remède homéopathique lui permet de mieux fonctionner. Le médecin veut remplacer la nature au lieu de rester son ministre. Il écrase le système immunitaire par un bombardement vaccinal au lieu de lui laisser apprendre et se développer.

Lassés de cet engrenage de médicaments rajoutés pour contrer les inconvénients du précédent et ainsi de suite, des médecins sérieux se sont tournés, souvent par curiosité intellectuelle, mais aussi par déception des résultats qu’ils obtenaient, vers d’autres médecines. De toutes, l’homéopathie est la plus satisfaisante pour l’esprit, car elle élimine ipso facto toute nuisance et toute notion d’intoxication, sauf dans certaines situations particulières, en amplifiant un phénomène préexistant. Car dénué de toxicité ne signifie pas forcément dénué d’effet, à la différence des dogmes dits scientifiques qui considèrent que l’effet thérapeutique est proportionnel à la toxicité. Donnez une dose de Sulfur 15 CH à un eczémateux ou à un psoriaseux et, quelques jours après, il vient vous chercher avec un fusil, tant sa peau s’est aggravée… Et pourtant, il y a trente zéros à la dilution…

Messieurs les scientifiques, chers confrères, votre pratique fondée sur des résultats algorithmiques, avec des consensus obligatoires pré-imprimés dans vos ordinateurs vous rendant tous identiques et interchangeables, permettra de vous remplacer dans une dizaine d’années par l’intelligence artificielle, qui deviendra plus pertinente et plus rapide dans ses exactes prises de décision. Sous-payés, et ayant accepté de subir les humiliations de passer sous les fourches Caudines des politiques, ayant entériné de renier votre liberté de prescription sans coup férir, vous serez devenus inutiles dans une médecine automatisée et étatisée, voire gratuite. Vous regretterez de vous être réjouis de notre perte plutôt que d’avoir soutenu cette liberté de prescrire, qui faisait un art de notre pratique à tous.

François Guizot, ministre de l’Intérieur en 1830, interrogé sur une éventuelle interdiction de l’homéopathie (le ministre de la Santé n’était pas encore inventé), répondait : « Je n’ai pas à intervenir, car si elle n’est pas efficace, elle mourra d’elle-même, et si elle l’est, je n’ai aucune raison de l’empêcher d’exister. » Quelle sagesse ! Elle a survécu presque deux siècles aux changements de gouvernements successifs, et qui chaque fois voulaient la dérembourser. Elle ne survivra peut-être pas à cette actuelle armée de décideurs progressistes, favorisant les actionnaires des lobbies médicaux plutôt que de favoriser la santé des populations qui les ont portés au pouvoir. Après les lunettes et les prothèses, les granules…