Agriculture - Editoriaux - Environnement - Sciences - 4 juillet 2019

Vaches à hublot : la recherche scientifique a bon dos

Le 20 juin dernier, l’association L214 faisait connaître au grand public l’existence des vaches fistulées, ou « vaches à hublot ». Elle en dénonçait, par là même, l’existence et lançait une pétition pour exiger l’interdiction « immédiate et totale » de ces expérimentations au nom du bien-être animal.

Dans la foulée, l’on a pu observer un tir de contrebatterie puissant et massif pour expliquer la nécessité absolue de les poursuivre.

À commencer par Brune Poirson, secrétaire d’État attachée au ministère de l’Écologie et de la Transition énergétique : « Cela est choquant, mais utile parce que nous avons besoin de la science. »

De même, le ministre de l’Agriculture rappelant que cette pratique sur les vaches est courante dans le monde entier et « contrôlée » par les autorités.

Ensuite, ce sont les professionnels, comme Yann Sergent, ici, qui nous expliquent que cela se pratique depuis plus de cinquante ans, que c’est indispensable pour « bien comprendre ce qui se passe dans le rumen, pas seulement pour l’élevage laitier moderne, mais aussi pour l’élevage qui, partout dans le monde, permet d’utiliser des zones trop difficiles pour l’agriculture » et, enfin, l’on vante les bienfaits de « la recherche participative comme alternative à l’anti-science ».

Pour ce qui me concerne, pas convaincu du tout par ces arguments, j’ai signé la pétition de L214.

Je l’ai signée car je suis persuadé qu’une fois de plus, l’on nous enfume.

Tout d’abord, je pense que si, au bout de cinquante ans d’études et de pratiques à l’aide de fistules gastriques, les scientifiques n’ont toujours pas compris ce qui se passe dans la panse des vaches, il est temps de laisser tomber et d’étudier autre chose.

Ensuite, il faut se rendre à l’évidence, la vérité est tout autre : les équipes de recherche introduisent directement dans l’abdomen de ces animaux des aliments élaborés en laboratoire pour vérifier s’ils peuvent les digérer normalement, c’est-à-dire sans être malade ou en crever.

Ces tests « grandeur nature » permettent d’aller plus vite, de gagner du temps et, donc, de l’argent.

Et tout cela pour quoi ?

Pour mettre au point des aliments capables d’être substitués à l’alimentation traditionnelle des bovins, c’est-à-dire de l’herbe et des fourrages, de manière à améliorer leurs performances. Il est évident que l’objectif est d’élever ces animaux dans de véritables fermes-usines, totalement déconnectées de la nature et où les maîtres mots seront productivité et rentabilité maximales.

Nul besoin d’être vegan, bobo parisien ou encarté à un quelconque parti écologique pour dire son désaccord sur cette agriculture intensive qui dénature tout ce qu’elle touche : les hommes, les animaux et, bien évidemment, nos campagnes.

Oui, il est temps de refuser cette course incessante, véritable fuite en avant, où tout ce qui touche l’agriculture devient industriel.

Et tant pis si je suis un vieux rabat-joie, mais les animaux sont des êtres vivants que nous nous devons de respecter, même si nous les élevons pour nous en nourrir.

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