Editoriaux - Politique - 4 juillet 2019

Le confusionnisme : la nouvelle chasse à la pensée

Depuis la « tyrannie parlière » de Montaigne, les sophismes, la langue de bois, le novlangue orwellien, la censure totalitaire, on savait que le politiquement correct, en tant que forme de terrorisme intellectuel, s’en prenait aux locutions, aux mots et à la sémantique afin de les neutraliser et de les expurger de leur contenu jugé indésirable par le système dominant.

Les procédés utilisés sont sans limites et ne manquent pas : l’amalgame, le procès d’intention, l’argument de l’épouvantail, la reductio ad hitlerum, les arguments ad personam, l’exploitation de tabous. Cependant, il ne faut jamais oublier que cette panoplie de répression verbale et intellectuelle a toujours eu pour but de régenter, de domestiquer la pensée elle-même, ce for intérieur de liberté, dernière citadelle de résistance face au monde de l’uniformité.

La dernière trouvaille en date de la pensée unique est le confusionnisme, encore un « isme » postmoderne de plus, qui n’a rien à voir avec le confuciannisme , mais renvoie (« confusion », du latin confusio) à une méthode rhétorique, last but not least, d’extrême droite qui emprunterait des thèmes appartenant, a priori, au bord opposé du champ politique pour masquer un projet qui reste fondamentalement d’extrême droite. C’est ainsi que tous les penseurs catalogués à droite et qui font la critique du libéralisme, de l’Union européenne, qui prônent la démocratie directe, l’écologie, la référence au peuple, et qui citent des auteurs de gauche (bien sûr, les penseurs de gauche qui citent des auteurs de droite sont amnistiés), sont accusés de « brouillage de piste », de confusionnisme dangereux, une sorte de révisionnisme, de déviationnisme droitier par rapport à la ligne néolibérale et démocratique orthodoxe.

Le confusionnisme serait le dernier refuge de la fameuse « fachosphère » anti-européenne, antimondialiste et antilibérale et serait l’aboutissement d’une patiente stratégie d’infiltration dans les médias et les institutions. Ce nouvel outil de répression ne s’attaque pas seulement à la liberté d’expression mais aux fondements même de la liberté de penser, au processus dialectique de la pensée elle-même, au sens platonicien du terme, en tant que « discours que l’âme se tient à elle-même sur les objets qu’elle examine ».

Ficher et criminaliser, au nom de l’orthodoxie logocratique, toutes les pensées hétérodoxes qui, au-delà du clivage droite-gauche, se nourrissent et s’expriment par voie de correspondances, d’affinités électives et de synthèses, supposerait d’annuler le mouvement dialectal de la pensée. Avec le confusionnisme, une pensée serait suspecte en amont, dès lors qu’elle exprimerait un jugement libre et différencié, ce qui est le propre du travail intérieur de représentation, de triage, de sélection et de combinaison idéelle. Bref, cette extension du domaine de répression intellectuelle correspond très bien à ce qu’annonçait Bernanos dans La France contre les robots, accusant la civilisation moderne d’être « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ».

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